Pratiques des services urbains (Mozambique)

KARINE GINISTY

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Cette thèse de doctorat porte sur la justice et l’injustice spatiales à Maputo, avec pour objet de recherche les inégalités d’accès aux services urbains (eau potable, collecte des déchets ménagers). Construite sur l’hypothèse d’un lien entre le degré de spatialisation des inégalités d’accès aux services urbains et la formation de sentiments d’injustice, la thèse se détourne toutefois d’un projet normatif sur ce que serait le juste et l’injuste par et dans la production de l’espace. L’enjeu principal de cette thèse est la construction d’un questionnement sur la dimension spatiale de la justice sociale à partir des catégories politiques, de l’action publique et citadines du juste et de l’injuste à Maputo.

La thèse adopte une démarche postcoloniale ; elle positionne l’analyse de la justice et l’injustice en ville sous l’angle des acteurs qui produisent, vivent et perçoivent les inégalités d’accès aux services urbains à Maputo. Ce positionnement signifie une méthodologique qui accorde une place centrale à l’ethnographie, à la fois comme matériau et résultat de la recherche. Ainsi, le terrain a été centré sur les expériences quotidiennes des inégalités d’accès à deux services urbains de 200 citadins répartis dans cinq Bairros périphériques de Maputo entre 2008 et 2010. La focale sur les pratiques d’approvisionnement en eau et de la gestion des déchets ménagers visait à explorer les raisons du silence des citadins face aux injustices vécues, même lorsque le maintien en ville est compromis. La thèse entreprend donc par cette voie de déconstruire les processus de catégorisation du juste et de l’injuste qui prennent forme localement, considérant aussi bien le poids des héritages urbains, que celui des trajectoires citadines ou de la quotidienneté. Si l’échelle de l’espace vécu a été privilégiée pour construire la problématique et la méthodologie afférente, l’analyse des moments durant lesquels les acteurs énoncent l’injustice spatiale ou s’y refusent s’inscrit à une échelle plus vaste. La catégorisation de l’injustice dans les registres du politique, et en particulier de la critique politique, s’accompagne d’une circonscription de l’expression du juste et de l’injuste à la sphère de l’intime, ancrée dans les cercles familiaux et amicaux. L’absence de traduction des sentiments d’injustice dans des registres d’action collective a alors soutenu une approche multi-scalaire du politique. Le politique fut aussi bien approché sous l’angle des structures de pouvoir municipales, des référentiels et des pratiques de pouvoir qui y prévalaient, que des imaginaires politiques et de la quotidienneté du politique à l’échelle locale.

Les apports de cette thèse résident dans la manière de saisir la place du politique dans la production de la justice et de l’injustice spatiales, à différents moments et échelles de la production de l’espace urbain. Constituée de cinq chapitres, la thèse s’ouvre à l’indépendance, lorsque Lourenço Marques devint Maputo, une ville socialiste et post-coloniale. Le premier chapitre « Écrire la justice spatiale de Lourenço Marques à Maputo » revient sur la construction d’un modèle de ville plus juste par l’Etat-Frelimo – Front de Libération du Mozambique – et les enjeux politiques de sa mise en scène publique, puis de la fabrique de la mémoire collective et son oubli. Il renseigne sur le lien étroit entre la « lutte juste » et l’autoritarisme du Frelimo, posant en filigrane la question des héritages de la ville socialiste tout du long de la thèse.

Ensuite, le chapitre « Décider de la justice spatiale dans les arènes municipales » resitue la problématique de la justice spatiale dans les années 2000, dans une capitale désormais vitrine internationale du développement et de la démocratie au Mozambique. Dans les coulisses de l’action publique, ce chapitre explore les raisons du silence public des politiques, des agents publics et des coopérants sur la justice spatiale promue, alors même qu’une action publique est développée pour réduire les inégalités urbaines. La technicisation du problème public de la gestion des déchets dans l’espace public est ainsi étudiée au prisme des tensions partisanes qui se forment autour des mutations de l’action publique et de la politisation des inégalités urbaines qui l’accompagne, deux décennies après l’abandon de la doctrine socialiste.

Dans cette thèse, les processus de décision de l’action publique sont analysés séparément de la production de l’espace en elle-même. Les dispositifs et les arrangements spatiaux promus dans le cadre d’un Partenariat Public-Privé (eau potable) et d’un projet de coopération à l’échelle municipale (déchets) sont présentés dans le chapitre « Traduire la justice spatiale dans les quartiers périphériques ». Ce dernier s’attache à cartographier la restructuration des inégalités spatiales d’accès aux services urbains et pose le décor d’une fragmentation urbaine. Dans ce chapitre, Maputo, ville duale, évolue vers une configuration tripartite de ses ressources urbaines, distinguant le centre, les quartiers péricentraux et les quartiers ultra-périphériques.

La reconfiguration des inégalités urbaines constitue un moment privilégié pour étudier le rapport au juste et à l’injuste des citadins à travers l’expérience quotidienne des services urbains. La thèse se poursuit donc sur le chapitre « Vivre les inégalités, ressentir l’injustice », qui décrit la quotidienneté des services urbains dans les quartiers périphériques. La praxis sociale du service de l’eau potable est confrontée aux catégorisations citadines du juste et de l’injuste. Ce chapitre démontre alors que le degré d’inégalité d’accès au service de l’eau potable n’intervient pas dans la formation des sentiments d’injustice et leur spatialisation. Ressentir une injustice dans les scènes de la vie quotidienne interroge plutôt les usages socio-politiques du mot injustice (sens du dire) et les espaces d’expression individuels et collectifs accessibles (lieu du dit). Les sentiments d’injustice sont pourtant présents dans les quartiers périphériques de Maputo, mais ils sont vécus comme une expérience intime, indicible dans l’espace public.

Le dernier chapitre, « Dire et taire l’injustice dans les enclaves autoritaires de la ville », s’attache alors revenir sur l’expérience politique des espaces publics dont peuvent s’emparer les citadins à l’échelle locale. Le contrôle politique de ces espaces révèle la permanence de pratiques de pouvoir autoritaires, construites sous le régime de l’Etat-Parti. Ces pratiques éclairent le détournement des citadins de l’expression collective des injustices vécues. La confusion des fonctions publiques et partidaires à l’échelle des Quarteirao et des Bairros, les pratiques de verrouillage du débat public et la permanence du personnel politique local concourent à la formation d’enclaves de pouvoir autoritaire. La thèse s’achève alors sur l’expérience politique des cadres locaux du Frelimo et leur rapport aux injustices spatiales.


Fiche informative

Discipline

Géographie

Directeurs

Philippe Gervais-Lambony

Université

Université Paris-Ouest Nanterre-la-Défense, UMR 7218 LAVUE

Membres du jury de thèse, soutenue le 14 octobre 2014

– Bernard Calas, Professeur de géographie, Université Michel Montaigne – Bordeaux III
– Philippe Gervais-Lambony, Professeur de géographie, Université Paris-Ouest Nanterre-la- Défense (directeur)
– Myriam Houssay-Holzschuch, Professeur de géographie, Université Grenoble Alpes (rapporteur)
– Sylvy Jaglin, Professeur d’urbanisme et d’aménagement, Université Paris-Est Marne-la- Vallée (rapporteur)
– Dominique Vidal, Professeur de sociologie, Université Paris-7 Denis Diderot

Situation professionnelle actuelle

Post-doctorante – bourse Germaine Tillion de la Comue Hesam, UMR 8586 PRODIG, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Contact de l’auteur

k.ginisty@gmail.com

DIDIER LABAT

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L’évolution réglementaire des années 1990 à 2000 a positionné le paysage comme élément fondant le cadre de vie dans les outils de planification territoriale. Les acteurs sont incités à les mobiliser dans un contexte territorial concurrentiel et de gouvernance multi-niveaux. Dès lors, se pose la question de l’identification des ressources de ces territoires de projet pour en développer l’attractivité. L’hypothèse principale de cette thèse a été de considérer que le paysage est mobilisé par les acteurs comme un levier d’action publique pour induire des logiques d’aménagement et justifier les fondements du projet de planification. Pour la démonter, nous avons voulu comprendre comment les acteurs d’un instrument de planification s’emparent du paysage pour organiser leur développement territorial sur l’aire métropolitaine de Bordeaux.
C’est à partir de l’analyse de l’action publique et de l’évaluation des politiques publiques que nous avons construit notre corpus méthodologique (schématisé en figure 1). Il nous fallait expérimenter une démarche d’évaluation adaptée à un document d’urbanisme.

Figure 1: Synoptique de la démarche de recherche et de l’évaluation engagée.

Source : D. Labat – 2011

Nous avons sélectionné le schéma de cohérence territoriale de l’aire métropolitaine de Bordeaux pour expérimenter cette évaluation construite selon quatre étapes :

une analyse historique des politiques paysagères mises en œuvre dans le cadre de la planification métropolitaine. Depuis les années 1960, les acteurs de cette planification ont fait sensiblement évoluer leur démarche paysagère d’une politique des espaces verts à une politique paysagère intégrée dans le projet de territoire. Le paysage est investi par les collectivités territoriales à partir de l’atlas des paysages en 1997. Il entraîne une évolution significative des représentations du territoire de projet. Une nouvelle recherche d’équilibre entre préservation des paysages et développement métropolitain est construite. La structure du projet fait appel à la formulation d’un véritable projet de paysage dans lequel des objectifs de qualité paysagère sont définis et illustrés dans un niveau de détail inhabituel pour des outils stratégiques de ce type.

la reconstitution des théories de l’action pour identifier les types de mobilisation des acteurs (méthodes, réseaux, formulations). Le paysage sert de levier pour introduire les enjeux de l’économie viticole et un discours axé sur le marketing territorial. Le document contient des concepts paysagers innovants favorisant l’articulation entre les politiques urbaines et rurales. Il sert de médiation pour sensibiliser l’ensemble des acteurs sur la maîtrise de l’étalement urbain et sur les rapports urbain/périurbain, sur les franges agricoles/naturelles/forestières de la métropole. Le paysage devient une ressource pour la révélation d’une identité métropolitaine.

l’étude de la compatibilité des orientations entre les échelles d’action métropolitaine et communale. Trois plans locaux d’urbanisme ont été analysés pour identifier les correspondances et les ruptures entre les échelles métropolitaines et locales. La comparaison entre les échelles et les outils d’action montre plusieurs éléments qui participent d’une réelle difficulté de mise en œuvre des objectifs métropolitains à l’échelle communale. Les concepts paysagers métropolitains ne sont que partiellement repris dans le PLU. Parfois, leur traduction fait l’objet d’une simplification qui en édulcore le sens initial, voire le détourne à des fins contraires. Les documents locaux sont en réalité construits selon une forte indépendance vis-à-vis du SD 2001 en ce qui concerne le paysage. Si les limites des enveloppes urbanisables sont respectées, l’élaboration des orientations paysagères est trop étroitement liée à la motivation des élus locaux d’un urbanisme pragmatique et répondant aux enjeux sociaux locaux.

l’analyse des représentations via deux enquêtes aux deux échelles d’action pour identifier les points de blocage et la cohérence entre les orientations paysagères et les attentes des échantillons. Le regard porté sur les dynamiques urbaines est parfois catégorique quant à la capacité des élus de maîtriser les impacts les plus négatifs. Les idées de projet sont nombreuses et mettent en scène un paysage à la fois protégé dans sa configuration « naturelle » selon les représentations, et à la fois vivant, dans sa configuration sociale lorsqu’il s’agit des espaces publics et habités. Ces représentations traduisent le souhait d’une structure urbaine qui favorise les rencontres, le lien social. Cependant, leur expression témoigne également d’un discours qui se trouve mobilisé à des fins politiques et sociales (concurrence électorale, contestation idéologique, conflits interpersonnels, effet nimby, etc.) et des fins économiques (rentes foncières). Les contradictions identifiées dans le discours de ces personnes montrent le besoin d’une participation qui s’appuie sur des démarches pédagogiques entre expertises techniques et profanes. Notre expérimentation participe d’un approfondissement des connaissances sur l’évaluation des documents d’urbanisme et des politiques paysagères non contractuelles dans un contexte grandissant d’une demande évaluative des politiques d’aménagement du territoire. Nous avons également mobilisé l’analyse des représentations comme matériau d’évaluation dans un objectif de définition de la pertinence du projet de schéma de cohérence territoriale et face à une demande sociale plus affirmée. Les résultats permettent de sensibiliser les élus au contenu de leurs documents d’urbanisme, de mieux comprendre les ressorts de ce type d’action publique, et de mieux cerner le rôle de l’expertise dans la formulation de ces documents d’urbanisme. Au-delà des conclusions issues de l’évaluation, la démarche permet d’identifier les leviers d’action les plus pertinents pour améliorer l’efficacité des documents d’urbanisme dans un objectif de gestion partagée des paysages.


Discipline

Sciences et architecture du paysage

Directeurs

Pierre Donadieu, Hervé Davodeau

Universités

AgroParisTech – Ecole doctorale ABIES
Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles-Marseilles

Membres du jury de thèse, soutenue le 09 novembre 2012

– M. Hervé Davodeau, Maître de conférences, INHP/AgroCampus-Ouest
– M. Pierre Donadieu, Professeur, UPR MA LAREP/ENSP Versailles
– Mme Sophie Le Floch, Chargée de recherche HDR, CEMAGREF
– M. Yves Luginbuhl, Directeur de recherche, UMR LADYSS, CNRS
– M. Patrick Moquay, Directeur de recherche, CEMAGREF
– M. Michel Périgord, Professeur, ICOTEM, Université de Poitiers

Situation professionnelle actuelle

Chargé de recherche ‘paysage et aménagement’ au Centre d’Etudes Techniques de l’Equipement du Sud-Ouest

Courriel de l’auteur

labatdidier@yahoo.fr

GWENN PULLIAT

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Problématique
En adoptant une approche centrée sur les trajectoires et les pratiques des citadins à Hanoi, cette thèse propose d’étudier les dynamiques de l’insécurité alimentaire à Hanoi pour comprendre les facteurs de basculement dans l’insécurité, transitoire ou chronique. Il s’agit de mettre en évidence la persistance de situations d’insécurité alimentaire à Hanoi (et d’en décrire les formes) et de comprendre les déterminants de ces situations dans un contexte en changement rapide. Aussi, le choix d’une approche en termes de vulnérabilité avait pour objectif de centrer l’analyse sur les dynamiques conduisant à une dégradation de la situation alimentaire d’un individu, mais aussi et surtout sur les stratégies de réponse adoptées par les personnes concernées (Janin 2007) pour faire face à une difficulté dans le temps court et améliorer leur résilience dans le temps long.

Ainsi, en étudiant les trajectoires des citadins (surtout les plus défavorisés, qui sont les plus susceptibles de se retrouver en insécurité alimentaire), on analyse la façon dont ils arrangent et recomposent leurs ressources (économiques, spatiales, sociales) afin de les sécuriser, ce dont la situation alimentaire est une résultante ; on cherche de la sorte à mettre en évidence les logiques et les cadres d’action des citadins dans la ville qu’ils habitent.

L’étude du cas de Hanoi, capitale du Vietnam, est féconde dans cette approche de la vulnérabilité alimentaire. Si les notions de « transition » (Castiglioni et al. 2006), de « mutations » ou de «changement » constituent quelque peu un topos dans les sciences sociales actuelles, la question des transformations à l’œuvre s’impose quand on considère la capitale vietnamienne. Hanoi connaît en effet un puissant mouvement de changement spatial (étalement, changement des modes d’habitat etc.), économique (industrialisation et développement des services urbains), social (ce qui fait suite à l’enrichissement des citadins, mais aussi décohabitation, importance accordée à la scolarisation des enfants, consommation ostentatoire etc.). Ces processus, qui procèdent de la forte croissance économique et de l’ouverture internationale, se traduisent par des écarts croissants entre les territoires et les groupes sociaux : ce qui me conduit à qualifier Hanoi de « métropole émergente » (Pulliat 2012).

Méthode de recherche
La méthode adoptée avait pour but de restituer les trajectoires de vie, les pratiques quotidiennes et les logiques d’action des enquêtés.
Afin d’analyser les processus liés à l’urbanisation en cours et de rendre compte de ces dynamiques d’émergence à l’œuvre, mon étude s’est centrée sur trois espaces périphériques, permettant d’insister sur les recompositions en réponse au passage du périurbain à l’urbain et du rural à l’urbain. Les enquêtes ont ciblé une population globalement défavorisée, en raison d’emplois subalternes et sans protection (récupérateurs de déchets recyclables par exemple), de logements précaires, de faibles revenus (associés au statut de « foyers pauvres ») etc.

Figure 1. Hanoi : une capitale s’étalant progressivement sur ses périphéries

L’étude se fonde sur un corpus de 100 entretiens semi-directifs en forme de récits de vie. La trame d’entretiens aborde différents thèmes (situation familiale, pratiques alimentaires, activités économiques, pratiques agricoles, endettement etc.) afin de décrire précisément leurs habitudes quotidiennes et l’évolution de cette situation au cours du temps, en insistant sur les événements survenus au cours de la vie des enquêtés et les choix réalisés à ces occasions. On s’intéresse également à la perception que les enquêtés ont de leur propre situation et de l’environnement dans lequel ils évoluent.

Ainsi, si l’approche est qualitative et si le fil de l’entretien est guidé par ce que les enquêtés estiment importants pour décrire leur propre position, les principales thématiques sont évoquées de façon systématique, permettant d’avoir une masse critique de données afin de les comparer entre elles.

Enfin, ces enquêtes ont été complétées par 23 entretiens avec des responsables locaux : responsables des Comités Populaires, personnels des associations paraétatiques locales, ou encore ONG implantées dans le quartier étudié.

Figure2. Des lieux de vie précaires : chambre partagée louée par une enquêtée. 2011.

Principaux résultats Cette étude montre que l’alimentation reste un élément-clé de la gestion des moyens d’existence, dans un contexte marqué par la précarité des conditions de vie : elle sert de variable d’ajustement au quotidien. Mais c’est ce qui permet la préservation d’autres dépenses, tels que l’éducation et la participation financière assurant l’entretien des réseaux de solidarité : de sorte que la vulnérabilité alimentaire dans le court terme est un élément des dispositifs de sécurisation des moyens d’existence dans le long terme.

Cette sécurisation se fonde en effet sur l’entretien de réseaux sociaux, qui ont un très fort ancrage local : la circulation d’argent et de biens et l’entraide au quotidien à l’échelle du quartier en sont les supports. Cette entraide constitue le premier recours en cas de difficulté, quelle que soit la localisation dans la ville et le niveau social. Cela assure une certaine mutualisation des risques au sein de ces réseaux.

Dans un pas de temps plus long, l’analyse des trajectoires d’activités montre une adaptation remarquable des citadins, qui recomposent leurs moyens d’existence en réponse aux transformations de l’environnement liées à la métropolisation en cours. Mais la capacité des citadins à tirer profit des nouvelles ressources liées au développement de la ville est contrastée : ce qui conduit à un renforcement des inégalités, tant à l’échelle des quartiers qu’au sein de la ville dans sa globalité.

Figure3. Agriculture urbaine à Hanoi : la mise en culture des berges du fleuve Rouge.

Ces inégalités se lisent alors dans la différenciation des pratiques alimentaires et des modèles de consommation : les évolutions du système alimentaire donnent ainsi à voir le processus d’émergence en cours à Hanoi. Ce travail inscrit donc l’étude du système alimentaire dans le cadre plus large des études urbaines dans un pays en développement.

Bibliographie
Castiglioni, Franck, Jean-Michel Cusset, Patrick Gubry, Thi Thiêng Nguyen, et Thuy Huong Pham. 2006. La ville vietnamienne en transition. Hommes et Sociétés. Paris – Hanoi – Hô Chi Minh Ville: Karthala – Institut des métiers de la ville – PADDI.
Janin, Pierre. 2007. « La vulnérabilité alimentaire des Sahéliens : concepts, échelles et enseignements d’une recherche de terrain ». L’Espace géographique Tome 35 (4): 355‑366.
Pulliat, Gwenn. 2012. « Se nourrir à Hanoi : les recompositions du système alimentaire d’une ville émergente ». EchoGéo, no numéro 21 (octobre). http://echogeo.revues.org/13205.


Fiche informative

Discipline

Géographie humaine, économique, sociale et régionale

Directeur

Frédéric LANDY, Université Paris Ouest

Laboratoire d’accueil

Université Paris Ouest Nanterre

Membres du jury de thèse, soutenue le 5 décembre 2013

– Charles Goldblum (prof. émérite, Paris 8), président
– Paule Moustier (chercheur, Cirad), rapporteur
– Frédéric Landy (professeur, Paris Ouest), directeur de thèse
– Pierre Janin (chercheur, IRD / Paris I), membre invité

Contact de l’auteur

gwenn.pulliat@gmail.com

MARIE-EVE FEREROL

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« Peur des villes et passéisme rural entretiennent des utopies dangereuses. Il y a urgence à instituer la ville sur son nouveau territoire, le pays ou la région urbaine » (WIEL, 1998). C’est ce que nous avons essayé de faire, modestement, en nous focalisant sur la petite ville, « parent pauvre de la géographie urbaine » (EDOUARD, 2008). De nos jours, ce thème de la petite ville est de plus en plus d’actualité car, pendant longtemps, la recherche s’est davantage focalisée sur le niveau supérieur de la hiérarchie urbaine, d’où un déficit d’études sur les niveaux inférieurs (appel à communication du colloque de Tours, « Villes petites et moyennes, un regard renouvelé », déc. 2010).

L’hypothèse centrale de notre thèse récusait la vision pessimiste que beaucoup avancent lorsqu’ils parlent de ces entités urbaines situées dans les espaces “interstitiels”, “fragiles” suivant les propos. Et nos recherches nous ont donné raison. Certes, les petites villes (2000-20000 habitants) sont situées dans des espaces aux handicaps nombreux mais cela ne signifie pas qu’elles soient entachées des mêmes difficultés.

Nos deux supports d’étude ont été pour cette thèse le sud Massif Central (carte n°3) et les provinces de Salamanque, Avila dans le sud-ouest de la Castille-León et celle de Càceres en Haute-Estrémadure (carte n°64). Au sein de ces territoires, les petites villes représentent respectivement 85% (62 villes/73) et 92% (52/56) des noyaux urbains.

Cinq problématiques principales ont sous-tendu notre recherche. Premièrement, quelle est l’aptitude des petits organismes urbains à générer de la périurbanisation ? Deuxièmement, les petites villes des espaces interstitiels sont-elles aussi marginales que leur support spatial ? Cette problématique renvoie aux spécificités démographiques et fonctionnelles. Troisièmement, les petites villes sont-elles des pivots centraux de l’organisation des territoires en étant au centre de bassins de vie (bassins d’emploi, de chalandise) ? Les recompositions territoriales, comme la mise en intercommunalité ou la constitution de pays, permettent-elles de garantir la position des organismes urbains des espaces sensibles ? Quatrièmement, la théorie de Christaller selon laquelle le territoire est représenté par une image pyramidale, avec des villes qui vivent en symbiose avec leur arrière-pays est-elle encore pertinente ? Enfin, comment les petites villes réagissent-elles dans un contexte métropolitain et mondialisé ?

Pour répondre aux problématiques énoncées, nous avons pensé que la solution la plus pertinente passait par la recherche comparée. Comparer, c’est relever des différences et des points communs. Nous avons fait cet exercice à deux niveaux : nous avons d’abord effectué une comparaison temporelle afin de souligner les traits invariants de certaines caractéristiques et afin de répertorier les impacts potentiels de la mondialisation et de la métropolisation. Cette comparaison temporelle a été ensuite complétée par une comparaison dans l’espace. Nous avons mis en parallèle les petites villes françaises entre elles mais également les villes françaises et espagnoles. Lorsque l’on compare, une autre question se fait jour : combien d’unités comparer ? Les statistiques utilisées étant relativement simples, nous avons décidé d’être exhaustive. Par contre, pour des raisons financières et temporelles, il nous a été impossible de visiter l’ensemble de ces villes.

Par ailleurs, notre démarche s’est inscrite dans la théorie des lieux centraux. Le phénomène urbain est en effet partie liée avec la figure de la centralité. Ce concept de centralité désigne plus précisément la capacité d’un lieu à polariser l’espace qui l’entoure, grâce aux activités et équipements qu’il concentre. Un processus dynamique se met en place, avec un jeu de concurrences plus ou moins fortes. L’étude de la centralité porte à la fois sur la mesure du degré de polarisation, en observant l’extension de l’espace concerné et sur la capacité d’un lieu de générer, créer ou intensifier sa centralité par le rôle des acteurs et les politiques mises en place. Cette étude de la centralité se fera précisément à trois niveaux : local lorsqu’il s’agit de la recomposition interne des lieux de centralité ; régional lorsqu’il s’agit d’évoquer la théorie christallérienne ou lorsque de nouveaux territoires politiques (par ex., les pays) se forment ; enfin, national lorsque nous traiterons des petites villes comme centres productifs au sein du nouvel espace économique.

De facture classique, notre doctorat peut servir à alimenter les réflexions sur les structures intercommunales françaises et sur une urbanisation respectueuse du développement durable. Nous avons montré que la petite ville d’aujourd’hui s’est dilatée et possède une auréole de banlieue et de communes périurbaines. Les habitants des banlieues se reconnaissent eux-mêmes dans ce système puisque 60% affirment appartenir à la petite ville (source : questionnaire postal). Plus que les habitants, ce sont les élus de l’espace rural qui montrent encore des réticences à s’unir avec la ville, qu’elle soit petite ou moyenne. Pourtant, les politiques de développement futures seraient plus adéquates si elles prenaient en compte un même ensemble, formé de la petite ville et des communes les plus dépendantes. Les Espagnols, comme d’autres Européens, ont déjà fait leur réforme communale, pourquoi pas les Français ?

Tout au long de notre doctorat, nous avons travaillé sur les bassins de vie qui se dessinent autour des petites villes et nous avons abouti à la conclusion que les pays (loi Voynet) recouvrent des périmètres pertinents pour mettre en place des politiques cohérentes. Le DGS de la ville de Sarlat, S. BUSSONE, va dans notre sens quant il dit : « Nous sommes favorables, au Syndicat National des Directeurs Généraux des Collectivités Territoriales, à ce que les territoires de projet – les pays en particulier- soient retenus comme périmètres des futures intercos » (14/03/2011, Gazette des Communes). Malheureusement, en France, cet outil a été détourné au profit des communes rurales. Or, dans certaines Communautés Autonomes espagnoles, les comarcas (l’équivalent des pays) fonctionnent bien.

Enfin, penser la ville durable, ce n’est pas seulement réfléchir au très petit comme les écoquartiers, mais aussi au grand comme les bassins de vie. Rendre les villes plus compactes, développer les circuits courts est possible à travers les structures comme les pays (si le périmètre du SCOT est identique). Renforcer les petites villes comme pôles d’expansion urbaine rentre dans le cadre d’une urbanisation raisonnée. Cependant, toutes ne peuvent pas en être les pivots. Pour certaines, le dynamisme démographique, économique s’est tellement estompé qu’il n’y a guère d’espoir. Il serait donc plus opportun de favoriser les centralités existantes dans le cadre d’une politique volontariste du territoire.

Le cadre physique et les unités urbaines du territoire


Fiche informative

Discipline

Géographie

Directeur

Franck CHIGNIER-RIBOULON, Professeur de Géographie, Clermont II

Université

Université Blaise Pascal – Clermont II

Membres du jury

Yves CHAPPOZ, Professeur en Sciences de Gestion, Lyon III, président du jury
J-Charles EDOUARD, Professeur de Géographie, Clermont II
Michel GUERIN, Directeur Départemental Adjoint à la DDT Lozère
Régis GUILLAUME, Professeur de Géographie, Toulouse Le Mirail, rapporteur
André HUMBERT, Professeur émérite de Géographie, Nancy II, rapporteur

Situation professionnelle actuelle

Qualifiée maître de conférence – février 2011

Contact de l’auteur

mefererol@wanadoo.fr