Analyse sociologique de l’écologie résidentielle en France et au détour de la Finlande et de l’Espagne

Sophie Nemoz

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Ma thèse s’intéresse à la genèse et à la diffusion des habitations écologiques en France. C’est un objet d’actualité qui, en dépit d’une médiatisation à foison, reste insuffisamment connu. La recherche a dû faire preuve d’une grande créativité pour le constituer en un nouvel objet d’étude sociologique. En effet, dans cette discipline, seule une enquête lui avait été consacrée : le mémoire du docteur Salvador Juan sur la maison solaire (1985). Vingt ans plus tard, le projet consiste à élargir le savoir des sciences humaines sur un phénomène que l’on appelle à tord ou à raison : « l’habitat durable », faute de comprendre systématiquement le processus sous-jacent. La motivation majeure de l’étude contemporaine s’inscrit dans une volonté d’associer l’élaboration de connaissances fondamentales à la solution des problèmes pratiques de l’intervention politique et sociale.

Cette qualité exploratrice a retenu l’intérêt d’une institution : le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire. Le travail d’investigation a ainsi bénéficié du soutien d’opérateurs (le PUCA : Plan Urbanisme Construction et Architecture et, l’ADEME : Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), directement impliqués dans la promotion des normes afférentes à la durabilité des bâtiments. L’enquête des coulisses de l’action publique va au-delà de ce récent mot d’ordre international. Elle a recours au principe du détour, développé par George Balandier, une distance adaptée à la nature idéologique de l’objet de recherche. Les études de cas centrées sur la Finlande et l’Espagne sont révélatrices des spécificités des politiques françaises et de leurs interactions avec les autorités supranationales des Nations Unies ou de l’Union Européenne, comme avec leurs publics locaux : les bâtisseurs et les habitants du territoire hexagonal. Au total, près d’un centaine d’entretiens biographiques ont été menés en vue de mieux appréhender l’évolution des relations de l’homme à la Terre. La méthode du récit de vie permet en effet de dépasser les discours stéréotypés, en confrontant la parole des personnes interrogées à une expérience directe. Les changements de matérialité, de pratiques et de valeur des lieux se produisent avec le temps, le temps d’une vie mais aussi le temps social.

Comprendre le rapport au milieu naturel et l’organisation sociale qu’il implique constitue le fil directeur de ce travail fondé sur des enquêtes de terrain et sur une réflexion documentée à l’aide d’archives historiques. L’analyse des espaces habités commence ainsi par mettre en lumière le caractère construit de nos catégories d’action et de compréhension de l’écologie résidentielle. La formule, aujourd’hui consacrée, de l’habitat durable apparaît comme le produit d’un long processus d’innovation incrémentale. De fait, elle résulte d’une succession de petits changements. Si la résolution des problèmes entre les résidences humaines et leurs environs géographiques est une constante dans l’histoire de l’humanité, l’imaginaire en connaissance de cause environnementale est en revanche, relativement récent. La recherche d’une cohabitation viable avec la nature procède au préalable d’une intuition vitale des peuples primitifs puis, d’une fonction hygiéniste et récréative lors de l’expansion des sociétés industrielles. La thèse s’attache à renouveler le regard sur la dynamique non linéaire des interactions entre nature et société, pour préciser les contours de la problématique actuelle. Celle-ci prend place dans un contexte situationnel, à l’intérieur d’une réalité circonscrite spatialement et temporellement : l’urbanisation occidentale des années 1960-1970. Ce que ce phénomène a de spécifique en France s’aperçoit en comparaison des territoires finlandais et espagnols. Favorisé par le baby-boom et la planification des reconstructions d’après-guerre, l’élan de modernisation des villes se heurte aux critiques des groupuscules écologistes du mouvement de mai 1968. Ils imputent à l’État, les conséquences des projets urbains qui leur paraissent non maîtrisées, incertaines sur le plan environnemental comme humain.

L’approche internationale permet aussi de repérer que la diffusion des préoccupations relatives à l’écologie résidentielle transcende les spécificités territoriales. Ce procès de publicisation des problèmes de cohabitation entre nature et société déstabilise les croyances autour de l’amélioration continue des conditions de vie de l’humanité. La contestation prend une envergure géopolitique au moment des chocs pétroliers. Depuis un pôle globalement désenchanteur de la marche en avant du Progrès, dont les pressions sur les biens extraits de la Terre sont accusées d’en menacer la pérennité, une minorité transnationale parvient à impliquer l’intérêt général, en soulevant la question critique de l’avenir commun des deux parties, sociale et naturelle. Ainsi, l’enjeu des normes de construction environnementale monte en puissance et atteint un premier sommet supranational : la conférence des Nations Unies sur les établissements humains, dite « Habitat I » (Vancouver, 1976). Elle inaugure un cycle de négociations entre les tenants de l’ordre mondial qui, en quasiment deux décennies, reformulent un projet à l’origine marginale à travers l’expression de l’habitat durable, en cherchant à concilier les antagonismes exacerbés par l’écologisme. Cette mise en forme statutaire ne s’inscrit pas en faux contre le système marchand fondé sur la croissance, mais recommande d’en corriger les excès dans la perspective d’opérations saines et confortables pour tout un chacun qui préservent des éléments naturels : la faune, la flore, la terre, l’eau, l’air et les ressources énergétiques grâce à des moyens de production peu coûteux en transport.

Qu’en est-il réellement ? On ne connaît guère le point de vue des intéressés. L’évolution des modes d’habiter et plus généralement la convergence dans la sphère scientifique d’interrogations sur la manière dont les hommes habitent la Terre ne sont pas isolées du champ social et politique. En m’immergeant dans leurs univers, j’ai pu faire apparaître ce qui fait sens dans les pratiques des dirigeants, des professionnels et des habitants. Le flou du nouveau mot d’ordre résidentiel possède une utilité, celle d’amener des puissances aux compétences différentes à éclaircir les composantes de la qualité environnementale en fonction de leurs enjeux. En mettant les politiques à l’épreuve des pratiques de la société française, le secteur marchand de l’éco-construction s’avère fortement encastré dans un système étatiste de jeux d’acteurs où, les stratégies adoptées à l’égard de la production écologique des habitations sont tributaires des opportunités et des contraintes perçues dans la logique normative de l’État. L’exploration de l’univers habitant laisse penser que le degré d’acceptation des changements nécessaires à la pérennité des écosystèmes dépend de la propension des ménages à identifier la promesse d’une évolution conforme à la géographie de leurs besoins. Penser l’habitable aujourd’hui invite à considérer davantage la mise en désir de l’objet « nature » dans les pratiques spatiales.


Fiche informative

Discipline

Sociologie

Directeur

Dominique DESJEUX

Université

Paris Descartes – Sorbonne

Membres du jury de thèse, soutenue le 24 novembre 2009

– Dominique DESJEUX, Professeur à l’Université Paris Descartes
– Michel LUSSAULT, Professeur à l’ENS-LSH – Université de Lyon
– Norbert ALTER, Professeur à l’Université Paris Dauphine
– Florent CHAMPY, Chargé de Recherches, HDR au CNRS, Centre de Sociologie du Travail et des Arts
– Edwin ZACCAI, Professeur à l’Université Libre de Bruxelles

Situation professionnelle actuelle

Post-doctorante au Centre d’Etudes du Développement Durable – IGEAT – Université Libre de Bruxelles

Contact de l’auteur

sophie.nemoz@gmail.com

Tarik Ghodbani

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Thèse relevant de la géographie de l’environnement, ce travail combine les connaissances de la géographie physique et de la géographie humaine. L’aménagement de l’espace littoral algérien et les questions environnementales sont les axes centraux de cette thèse. Le terrain d’étude est le littoral Nord – Ouest de l’Algérie. Il sert de test à nos méthodes de travail et c’est un cas d’école pour la diversité de son occupation et de son exploitation par l’homme. Cet espace regroupe des villes importantes avec à leur tête Oran, deuxième ville d’Algérie, qui compte plus d’un million d’habitants. Il polarise un arrière-pays étendu et englobe des zones industrielles d’envergure, des infrastructures portuaires parmi les plus importantes du pays ainsi que quelques stations touristiques balnéaires. L’urbanisation et le développement de ces activités économiques se sont accélérés ces dernières décennies et ont eu des impacts qui représentent actuellement des facteurs de risque qu’il faut gérer et maîtriser. La multiplicité des formes de dégradation de l’environnement nous renseigne non seulement sur le poids de l’action anthropique mais aussi sur la fragilité des écosystèmes composant le littoral.

L’objectif de l’étude est d’analyser les relations homme/milieu dans un espace convoité et fragile. Littoralisation et dégradation du milieu naturel en sont les conséquences visibles. La dégradation de l’environnement apparaît par une dynamique perturbée, une biodiversité en régression et un paysage naturel artificialisé. Le choix de travailler sur le littoral Ouest s’est avéré à la fois difficile et pertinent. La pertinence est relative à deux éléments : le premier est la rareté des études de ce type sur cet espace. Le second élément et la variété des occupations humaines et économiques et la richesse paysagère que représente ce littoral. Pour plus d’efficacité dans l’approche adoptée, deux méthodes ont été utilisées : la diachronie, et le multiscalaire. La diachronie permet d’étudier l’évolution dans le temps des interactions entre occupation du littoral et milieu naturel. Le multiscalaire permet d’analyser les différents phénomènes en passant par plusieurs niveaux d’échelles, du local au régional, et inversement. L’étude était basée sur neuf cas d’études. Le critère de choix est essentiellement lié à la nature de l’action anthropique (aménagement portuaire, urbanisation, prélèvement, artificialisation) et le type de l’espace naturel (embouchure, marais, île, dune plage…).

Pour chaque cas, une ou plusieurs problématiques ont été posées, elles sont insérées dans le texte selon des entrées thématiques qu’on a organisées en trois grandes parties : la première sur l’état de l’environnement, la deuxième sur la littoralisation, comme élément explicatif à la dégradation de l’environnement et la troisième sur le jeu d’acteurs, les outils de gestion et les conflits d’usage.

La fragilité des écosystèmes dans le littoral Ouest de l’Algérie se manifeste à travers l’urbanisation et l’artificialisation de la côte, l’exploitation intensive des ressources naturelles comme le sable dunaire, l’eau ou le stock halieutique…etc. À titre d’exemple, on peut citer le cas de Terga. À Terga les déséquilibres environnementaux représentent des facteurs de risques. La zone côtière de Terga englobe un espace dunaire exploité actuellement par une grande sablière qui alimente presque tous les chantiers de la région ouest. Les extractions massives pratiquées sur cette dune, et qui dépassent les limites prescrites par la loi minière algérienne, ont conduit à l’inondation de l’oued El Malleh le 13 octobre 2000, suite à des pluies torrentielles. La disparition de la partie dunaire faisant barrière au débordement de l’oued sur sa rive gauche a engendré l’inondation de la partie nord de la plage, la destruction de 50 cabanons et la mort d’un jeune garçon. À ces perturbations d’ordre dynamique et fluvial, s’ajoutent d’autres impacts négatifs : l’affleurement de la nappe alluviale, l’ensablement des terres agricoles proches de la dune et enfin la dégradation de la qualité paysagère du site naturel. L’action anthropique est l’élément perturbateur des écosystèmes. Elle est le résultat de la littoralisation qui se manifeste par une concurrence sur l’exploitation des ressources naturelles et sur l’appropriation du foncier littoral pour une éventuelle urbanisation. La répartition de la population dans l’Oranie montre une forte densité dans le nord. 24 % de la population réside dans les communes à façade maritime. Les plus forts taux de croissance sont par ailleurs enregistrés dans les communes périphériques aux zones fortement urbanisés : Oran, Mostaganem, Arzew, Ghazaouet et Béni-Saf. Cette répartition épouse le relief ; les zones de plaines sont les plus densément peuplées. Des zones montagneuses comme l’Ouarsenis ont en revanche un déficit migratoire de 20 %.
Les conditions naturelles à elles seules ne peuvent expliquer ces écarts. Le renforcement, par la colonisation, d’un réseau de villes littorales et d’un réseau routier transversal est à l’origine de la littoralisation, renforcée après l’indépendance par l’implantation de pôles, de zones industrielles et par la récente ouverture sur l’économie de marché conjuguée à la privatisation. Des mesures de rééquilibrage par les découpages administratifs vers le début des années 80 ont tenté de réduire le poids de la littoralisation. Les efforts se limitent à l’espace tellien, les espacessahariens et steppiques restant à la marge de ce volontarisme étatique. Plus récemment une autre politique semble se tracer pour une meilleure protection des milieux naturels fragiles, dont le littoral. En effet, un nombre important de textes juridiques sont promulgués depuis 1990.

La législation algérienne souhaite donc préserver les milieux naturels sensibles. Cependant l’application de ces instruments reste difficile et l’état de l’environnement littoral ne cesse de se dégrader. Cette difficulté apparait principalement dans l’incompatibilité entre les outils de gestion, la mise à l’écart des acteurs locaux par le pouvoir central dans la prise de décision, la vision sectorielle dans les opérations d’aménagement et enfin l’absence de complémentarité entre activités économiques littorales. En plus de ces résultats, la recherche sur la littoralisation et l’environnement de l’Ouest algérien a mis en évidence la nécessité de multiplier les travaux sur l’ensemble du littoral algérien. Les résultats de ces études permettront d’approfondir les connaissances sur les relations homme/milieu dans la cadre d’une future gestion intégrée des zones côtières (GIZC). Les enjeux fonciers, les pratiques, les perceptions et le jeu d’acteurs dans le domaine de la gestion des zones côtières fragiles pourront constituer des thèmes privilégiés. Des comparaisons avec d’autres littoraux seraient d’un grand intérêt.


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Discipline

Géographie

Directeur

Bachir Tidjane et Bouziane Semmoud

Université

Université d’Oran Es-Senia

Membres du jury de thèse, soutenue le 28 septembre 2009

– M. Bachir Tidjane, Université d’Oran Es-Senia
– M. Bouziane Semmoud, Université de Paris VIII
– M. Ali Hadjiedj, Université d’Alger
– Mme Françoise Plet, Université Paris 8
– M. Mustafa Chachoua, Université d’Oran

Situation professionnelle actuelle

Maître de conférence à l’Université d’Oran.

Contact de l’auteur

ghodbani_tarik@yahoo.fr

AMANDINE CHAPUIS

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À partir d’une analyse des pratiques touristiques à Amsterdam, je questionne dans cette thèse le rôle du tourisme dans la construction de la dimension spatiale des identités individuelles. Tandis que les pratiques récursives des environnements familiers sont désormais bien prises en charge par les études urbaines, les pratiques liées au tourisme et les espaces vécus qu’elles dessinent restent encore peu abordés en géographie. Pourtant, le tourisme est un phénomène ancien, en croissance constante. Un des principaux vecteurs de la mondialisation culturelle, il touche une part de plus en plus nombreuse de la population mondiale, investit et subvertit de plus en plus d’espaces urbains.

Je propose une géographie intime de la pratique touristique, en plaçant l’échelle de l’individu au cœur de la réflexion. Il s’agit de prendre au sérieux des expériences personnelles, tout en montrant comment elles participent aux multiples processus d’identification qui sont à l’œuvre chez les individus. Je mobilise la notion de « performance », que j’emprunte notamment à Judith Butler, pour appréhender cette relation entre pratiques, espace et processus d’identification. Définissant les performances touristiques comme les pratiques in situ d’un individu, en ce qu’elles incarnent des normes socio-culturelles, mais aussi en ce qu’elles participent en même temps à leur reproduction et/ou à leur subversion, j’ai cherché à comprendre comment, à la faveur de leurs performances touristiques d’Amsterdam, les touristes mettent en œuvre et produisent à la fois la dimension spatiale de leurs identités.

Amsterdam est un lieu touristique majeur en Europe et un espace urbain très divers. Elle est investie et appropriée par des pratiques touristiques qui interagissent avec les dynamiques urbaines contemporaines (patrimonialisation, esthétisation, normalisation des espaces publics). L’analyse de l’évolution du projet urbain m’a permis de montrer que le tourisme est devenu un principe générateur de la fabrique de la ville. J’apporte une lecture problématisée de la manière dont une métropole a produit et gère une rente de monopole touristique, marquée par une tension importante entre différents imaginaires, différents types de pratiques, des plus initiatiques et festives, depuis les mouvements hippies des années soixante-dix, aux plus légitimes culturellement, à travers l’exploitation marchande de l’héritage du Siècle d’Or hollandais. La production de l’espace public, en particulier central, en tant que vitrine mondiale de consommation, renvoie directement à cette dichotomie, définissant progressivement des publics désirés et indésirables, ce qui permet de nuancer une vision idyllique et réductrice d’Amsterdam comme « ville juste ».

Cependant, elle n’est pas un simple cadre de l’expérience. La pratique touristique déploie des spatialités propres, une géographie intime de la ville. Le tourisme mobilise des compétences, des habitus et des représentations spatiales, qui sont reformulés, questionnés, renforcés et parfois subvertis par l’expérience in situ. J’analyse l’imbrication des ressources spatiales et des ressources sociales dans la performance touristique. Je mets aussi en évidence les mécanismes par lesquels les individus mettent en cohérence les différents lieux qui constituent leurs espaces de vie, dans le cadre d’une mondialisation culturelle où la mobilité est non seulement une réalité croissante, mais aussi une injonction sociale grandissante. Je montre que les espaces de vie des personnes que j’ai interrogées sont à la fois polytopiques (c’est-à-dire que plusieurs lieux sont investis de sens, et pas seulement le lieu de résidence), réticulaires (car ces lieux sont reliés les uns aux autres, comparés, hiérarchisés) et multiscalaires (car les échelles de référence de la performance les mettent en regard, indépendamment de la logique de l’emboîtement des échelles). La pratique touristique participe ainsi au processus performatif de construction des citadinités individuelles.

Amsterdam, associée à un imaginaire touristique lié à l’initiation (par le sexe, l’alcool, la drogue), constitue un terrain privilégié pour questionner les normes spatiales incorporées par les individus. La question des rapports sociaux de sexe et de l’expérience genrée de la ville est explicitement posée en lien avec l’analyse du fonctionnement et des lectures touristiques du Quartier Rouge. Les lieux apparaissent alors comme des supports d’identification non seulement individuels mais aussi collectifs. Je mets en lumière la manière dont Amsterdam parle à différents groupes transnationaux, par exemple la communauté gay, mais aussi les mouvements chrétiens, qui l’investissent massivement. Je montre comment la performance d’Amsterdam est un moment privilégié d’affirmation de sa propre appartenance à ces groupes à l’échelle individuelle.

Le protocole méthodologique développé est essentiellement constitué d’approches qualitatives. En effet, à travers l’exploitation des données statistiques produites par l’office du tourisme local, je montre les limites heuristiques d’une approche quantitative ; à l’inverse, l’enquête ethnographique s’est avérée extrêmement féconde. J’ai placé le recueil des récits touristiques in situ au cœur du protocole d’enquête. L’observation participante, principalement en auberges de jeunesse, occupe une place centrale dans la thèse, car interroger la spécificité de la jeunesse dans l’expérience touristique, c’est se donner les moyens de plonger au cœur des problématiques identitaires, qui se construisent tout particulièrement à ce moment biographique. En amont, l’observation des arts de faire des touristes avec les lieux a permis de caractériser précisément les modalités matérielles de la performance touristique d’Amsterdam. En aval, des entretiens approfondis de touristes ayant visité la ville parfois récemment, parfois plusieurs années auparavant ont permis de questionner des profils plus spécifiques et la dimension biographique du voyage à Amsterdam.


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Discipline

Géographie

Directeur

Rémy Knafou

Université

Université Paris 1 Panthéron Sorbonne

Membres du jury de thèse, soutenue le 30 novembre 2012

– Jean-François Staszak, Professeur à l’Université de Genève, Président du jury
– Claire Hancock, Maîtresse de Conférences, Université Paris Est Créteil Val-de-Marne, Rapporteure
– Michel Lussault, Professeur, École Normale Supérieure de Lyon, Rapporteur
– Maria Gravari-Barbas, Professeure, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Examinatrice
– Claudio Minca, Professeur, Université de Wageningen, Examinateur
– Rémy Knafou, Professeur émérite, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Directeur

Situation professionnelle actuelle

ATER à l’Université Paris Est Créteil Val-de-Marne, rattachée au laboratoire EIREST, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Contact de l’auteur

amandine.chapuis@gmail.com

ETIENNE FAUGIER

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Ce travail de doctorat en cotutelle s’attache à analyser les impacts de l’automobilisme – soit les véhicules à moteur et leurs usages – dans l’espace rural du département du Rhône et de la région de Québec au XXe siècle. L’objectif de notre travail consistait à mettre en lumière la conquête d’un socio-système tel que l’automobilisme dans un espace – l’espace rural – jusqu’à présent resté dans l’angle mort de la recherche en histoire des transports et de la mobilité.

Pour la pertinence de notre propos, nous sommes passés par diverses étapes méthodologiques, conceptuelles et documentaires. Tout d’abord, mettre en relation le département du Rhône et la région de Québec nous a conduits à évaluer les ressemblances, les dissemblances et les différences entre ces deux territoires. Il s’avère qu’ils demeurent relativement similaires quant à la structuration géographique, l’agriculture, l’exode rural, l’économie pour permettre une mise en relation fertile. La région de Québec n’étant pas un territoire politiquement et administrativement défini, en utilisant l’historiographie, nous l’avons défini comme regroupant les comtés de Portneuf, de Montmorency, de l’Île d’Orléans et la ville de Québec. Pour le cas du département du Rhône, nous avons sélectionné l’espace administratif défini par le politique durant le XXe siècle.

Pour éclaircir notre problématique, nous avons sollicité diverses sources. Tout d’abord les sources issues des archives gouvernementales témoignant des travaux publics et de la politique automobile. Puis, les périodiques spécialisés, les revues des clubs automobiles, la presse de l’époque, l’iconographie, les guides touristiques ont été parcourus. Collectés au cours de divers voyages transatlantiques, ils ont été analysés un à un, puis confrontés et croisés au sein de chacun des territoires et au regard de l’autre terrain d’étude.

Afin de mettre en relation les deux territoires prédéfinis, nous avons utilisé la méthodologie de l’histoire croisée. Pour ce faire, nous avons construit une définition du concept de vitesse que nous avons surimposé aux deux espaces. La vitesse, selon nous, se fonde nécessairement autour d’un quatuor logique et cohérent composé d’un mobile – soit l’automobile et les autres véhicules à moteur –, d’une infrastructure, d’une normalisation et de pratiques socioculturelles. Il s’agit donc d’un système logique et cohérent.

Notre démonstration présente quatre temps. En premier, nous proposons de contextualiser la vitesse en croisant les deux territoires pour la période couvrant la fin du XIXe siècle et la fin de la Première Guerre mondiale. La seconde partie s’attache à analyser l’évolution de l’infrastructure routière et ses abords en mettant en valeur la naissance et la construction d’une politique automobile. L’aménagement du territoire s’engage à la lumière de l’automobilisme au travers de la signalisation, de la faune, des infrastructures économiques. Par la suite, nous mettons en évidence l’essor de la culture automobile qui rend possible l’automobilité : il s’agit à la fois d’acquérir des connaissances concernant le véhicule, son utilisation, l’espace environnant, mais aussi la normalisation qui a cours. Enfin, nous prêtons un œil attentif aux pratiques de mobilité issues de l’usage des véhicules à moteur que sont l’automobile, le poids lourd, l’autobus, le tracteur. Il est aussi question des enjeux sociétaux et culturels que suscite l’automobilisme dans le champ du tourisme, de l’alimentation et de la religion.

Ce travail est agrémenté d’une quarantaine de cartes de la région de Québec et du département du Rhône traitant des infrastructures économiques – garages, pompes à essence, hôtels, circuits de la Poste Automobile Rurale – et des véhicules à moteur – nombre de tracteurs, de véhicules agricoles, de chevaux. Il est aussi illustré par divers documents iconographiques, des tableaux statistiques et des documents textuels.

L’histoire croisée peut constituer une approche pertinente pour les géographes. Dans la lignée des travaux d’Emmanuel Perrin sur l’automobile à Lyon, Lille et Stuttgart (2004), la méthodologie que nous avons choisie peut être reproductible pour les travaux qui souhaitent embrasser une approche globale. Par ailleurs, le concept de vitesse tel que défini peut être réutilisé pour souligner la problématique de l’aménagement du territoire.

Le croisement du département du Rhône et de la région de Québec s’avère fertile d’enseignements. Les mutations imposées par l’automobilisme sont, quoique moins visibles parfois, bien plus nombreuses et complexes au sein du monde rural qu’elles peuvent l’être dans l’espace urbain. Il présente également la rapidité avec laquelle les populations rurales ont adopté ce mode de transport : la question de l’anti-automobilisme rural est largement repensée et une attention est portée aux impacts socioculturels de la mécanisation agricole. La vitesse issue de l’automobilisme uniformise les deux territoires en les insérant dans la même trajectoire et une chronologie qui se recoupe après 1945. On observe une homogénéisation de l’offre et de la demande automobile, des mutations environnementales, politiques et culturelles au sein des deux sociétés étudiées.


Fiche informative

Discipline

Histoire

Directeur

Claude-Isabelle Brelot, Université Lumière Lyon 2
Martin Pâquet, Université Laval, Québec

Université

Université Lumière Lyon 2
Université Laval, Québec

Membres du jury de thèse, soutenue le 22 mars 2013

– Jean-Luc Mayaud, Université Lumière Lyon 2
– Claude-Isabelle Brelot, Université Lumière Lyon 2
– Martin Pâquet, Université Laval
– Marc Vallières, Université Laval
– Laurent Tissot, Université Neuchâtel

Situation professionnelle actuelle

Post-doctorant, Université de Neuchâtel

Contact de l’auteur

etienne.faugier@gmail.com