Pourquoi une géographie sociale et électorale des espaces périurbains français ?

Jean Rivière

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« On enregistre peu de différences entre le vote des banlieues ouvrières pavillonnaires ou non, et une enquête récente […] a montré qu’au niveau des bureaux de vote, on n’en enregistre guère non plus entre quartiers pavillonnaires et grands ensembles » (Raymond, 1966). « Même banlieue nord de Paris, même commune mais des choix politiques aux antipodes. […] D’un côté, le quartier du Vert-Galant, une zone de pavillons assez modestes, où Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen obtiennent au total 50 % des suffrages, contre un peu plus de 23 % pour Ségolène Royal. De l’autre côté, un quartier sensible, appelé Fontaine Mallet, où Ségolène Royal recueille 44 % des suffrages, contre 27 % au total pour MM. Le Pen et Sarkozy » (Bronner, 2007).

Quatre décennies se sont écoulées entre ces deux analyses. Que s’est-il passé entre-temps ? C’est à cette question que j’ai tenté d’apporter quelques éléments de réponse dans le cadre d’une thèse de géographie récemment soutenue à l’Université de Caen (Rivière, 2009). Pour cela, ce travail invite à une exploration des rapports entre le processus de périurbanisation, la redistribution des cartes de la division sociale de l’espace qu’il entraîne et les comportements électoraux que ces mutations participent à produire dans trois aires urbaines moyennes (Caen, Metz et Perpignan) exemplaires de la diversité des situations périurbaines françaises. Plus largement, c’est la question du changement social qui est au cœur de l’analyse, et ce dans des espaces généralement considérés comme l’univers des couches moyennes par excellence (Jaillet, 2004).
Cependant et à la différence des « aventuriers du quotidien » des années 1970-1980 et de leurs trajectoires ascendantes (Bidou, 1984), les couches moyennes contemporaines sont plutôt vues par les chercheurs en sciences sociales comme « déstabilisées ou à la dérive, repliées sur elles-mêmes ou sécessionnistes » (Bacqué & Vermeersch, 2007). Depuis le scrutin présidentiel de 2002 et le référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005, nombre de travaux ont justement souligné certaines spécificités supposées des choix électoraux des habitants des espaces périurbains, qui tendraient à se distinguer des comportements adoptés par les citadins dans l’isoloir (Lévy, 2003). La notion de « gradient d’urbanité » y est invoquée pour expliquer ce clivage croissant qui traduirait l’idée que la localisation résidentielle dans tel ou tel type d’espace (central ou périurbain) résulte du système de valeurs des habitants (rapports au Monde et à l’Autre), ces valeurs s’exprimant aussi dans leurs bulletins de vote (Ripoll & Rivière, 2007). Afin de démontrer que la seule localisation résidentielle périurbaine ne permet en rien d’éclairer les choix électoraux qui y ont lieu, cette thèse se propose d’analyser la production des votes en la ré-encastrant avec les appartenances et trajectoires socio-résidentielles des habitants d’une part, et en la saisissant là où elle fait sens d’autre part.
Pour éviter les pièges de l’approche surplombante, c’est la quête du réalisme sociologique qui a été privilégiée dans la manière de comprendre les choix électoraux des périurbains, d’où le recours à un « métissage méthodologique » (Passeron, 1997) qui repose sur l’idée de complémentarité des matériaux, des méthodes et des techniques. Après une première partie historiographique qui se propose d’étudier les regards scientifiques portés sur les votes des périurbains, la deuxième partie se penche sur les effets sociaux et électoraux de quatre décennies de périurbanisation. Le propos s’appuie pour cela sur l’analyse secondaire de données (recensements de l’INSEE de 1968 à 2006, résultats électoraux de 1969 à 2007) agrégées selon plusieurs échelles géographiques et traitées grâce aux outils de la statistique multivariée couplés à des représentations cartographiques. La troisième partie met ensuite les votes des périurbains à l’épreuve de leurs appartenances sociales et résidentielles via l’exploitation de questionnaires « sortie des urnes » collectés à l’occasion du scrutin présidentiel de 2007 dans huit communes emblématiques des trois aires urbaines étudiées. Enfin, la quatrième partie traite de la construction de la question de l’urbanisation comme enjeu politique local grâce à une enquête de terrain (entretiens, observations) conduite lors des municipales de 2008 dans deux communes de la périphérie caennaise qui constituent des idéaux-types des configurations dégagées jusqu’alors.
Contrairement aux sondages d’opinion nationaux qui extirpent les enquêtés de leurs sphères (locales) de socialisation tout autant qu’ils leur imposent de trancher sur des enjeux potentiellement extérieurs à leurs propres préoccupations, cette thèse tente ainsi de contribuer au renouveau des approches contextuelles des pratiques électorales, à l’image de travaux récemment menés dans un quartier populaire de grands ensembles (Braconnier & Dormagen, 2007) ou dans une zone pavillonnaire urbaine de « petits-moyens » (Cartier et al., 2008). Pour éviter les postures normatives, il est en effet urgent de rappeler que des structures sociales pèsent sur les pratiques des acteurs, y compris derrière les rideaux de l’isoloir.

Références bibliographiques

BACQUÉ M.-H., VERMEERSCH S., 2007, Changer la vie ? Les classes moyennes et l’héritage de mai 68, Paris : Éditions de l’atelier.
BIDOU C., 1984, Les Aventuriers du quotidien. Essai sur les nouvelles classes moyennes, Paris : P.U.F.
BRACONNIER C., DORMAGEN J.-Y., 2007, La démocratie de l’abstention, Paris : Gallimard. BRONNER L., 2007, « Pavillons contre HLM, le clivage des banlieues », in Le Monde, 24 avril. CARTIER M., COUTANT I., MASCLET O., SIBLOT Y., 2008, La France des « petits-moyens ». Enquête sur la banlieue pavillonnaire, Paris : La Découverte.
CHAUVEL L., 2006, Les classes moyennes à la dérive, Paris : Le Seuil.
JAILLET M.-C., 2004, « L’espace périurbain : un univers pour les classes moyennes », in Esprit, 303, 43-65.
LÉVY J., 2003, « Périurbain : le choix n’est pas neutre », in Pouvoir local, 56(1), 35-42. PASSERON J.-C., 1997, « Le modèle, l’enquête et le récit », in MAYER N., Les modèles explicatifs du vote, Paris : Presses de Sciences Po, 19-43.
RAYMOND M.-G., 1966, La politique pavillonnaire, Paris : CRU. RIPOLL F., RIVIÈRE J., 2007, « La ville dense comme seul espace légitime ? Analyse critique d’un discours dominant sur le vote et l’urbain », in Les annales de la recherche urbaine, 102, 121-130.
RIVIÈRE J., 2009, Le pavillon et l’isoloir. Géographie sociale et électorale des espaces périurbains français (1968-2008). À travers les cas de trois aires urbaines moyennes (Caen, Metz, Perpignan), Thèse de doctorat en géographie sous la direction de R. HÉRIN et de M. BUSSI, Université de Caen Basse-Normandie, 2 tomes.


Fiche informative

Thèse disponible en ligne
https://www.carnetsdegeographes.org/wp-content/uploads/2020/02/Le_pavillon_et_l_isoloir.pdf

Discipline

Géographie

Directeur

Robert Hérin, directeur (Caen Basse-Normandie)
Michel Bussi, co-directeur (Rouen)

Université

Caen-Basse Normandie

Membres du jury de thèse, soutenue le 30 novembre 2009

– Mme Martine Berger, Professeure de géographie à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, UMR LADYSS 7533 CNRS (Rapporteur)
– M. Martin Vanier, Professeur de géographie à l’université Joseph Fourrier de Grenoble I, UMR PACTE 5194 CNRS (Rapporteur)
– M. Patrick Lehingue, Professeur de science politique à l’université de Picardie Jules Verne, UMR CURAPP 6054 CNRS (Examinateur)
– M. Michel Bussi, Professeur de géographie à l’université de Rouen, UMR IDEES 6266 CNRS (Co-directeur de thèse)
– M. Robert Hérin, Professeur émérite de géographie à l’université de Caen Basse-Normandie, UMR ESO 6590 CNRS (Directeur de thèse)

Situation professionnelle actuelle

Chercheur Post-Doctoral à l’Université de Rouen, membre associé à l’UMR ESO 6590 CNRS

Contact de l’auteur

jean.riviere@unicaen.fr

OLIVIER THOMAS

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Cette recherche apporte une contribution à la compréhension du passage, et plus largement du fait clandestin. La multiplication des camps informels et des squats d’émigrants aux frontières, mais aussi à l’intérieur de l’Europe depuis une vingtaine d’années marque une transformation du rapport à l’étranger dans nos sociétés. La figure de l’immigrant tend à se confondre aujourd’hui avec celle du «clandestin», et les conditions de séjour des émigrants, qualifiés «d’illégaux», au sein de l’Union européenne sont extrêmement précaires. En France, le long des côtes de la Manche, la plupart d’entre eux vivent sous des tentes et bénéficient du soutien des associations humanitaires qui leur apportent une aide d’urgence. Le déploiement de mesures sécuritaires et policières par l’Etat depuis la fin des années 1990 contribue à maintenir ces migrants à la marge. Le phénomène suscite de nombreux débats dans la société. Dès lors, il apparaît intéressant pour le chercheur en géographie sociale d’explorer les problématiques qui se cristallisent autour des migrants et de témoigner de ce qui est aujourd’hui une question sociale.

Le fait clandestin comme champ de recherche
Cette thèse propose d’étudier la géographie actuelle du fait clandestin, entendu comme l’ensemble des problématiques qui peuvent être attachées aux déplacements clandestins d’émigrants et à leurs inscriptions dans les sociétés. Cette géographie, structurée par le voyage clandestin, constitue selon nous la dimension spatiale d’un rapport social entre les émigrants et la société.

Le passage comme objet d’étude
Le voyage clandestin ne peut se penser seul, mais nécessairement en rapport avec la population qui l’anime. Toutes les personnes qui transitent par les lieux d’installation informels le long du littoral de la Manche ont en commun d’être dans le voyage, et ce quelle que soit leur nationalité (Irakiens, Iraniens, Erythréens, Ethiopiens, des Palestiniens ou encore des Vietnamiens). Elles ont quitté leur pays d’origine et tentent de rejoindre un pays de destination (l’Angleterre, l’Irlande, mais aussi le Danemark, la Norvège ou la Suède). Le passage, c’est cet «entre-deux» qui qualifie un moment entre d’un côté le franchissement de la première frontière (celle du pays d’origine) et de l’autre l’engagement dans des démarches de régularisation (dépôt d’une demande d’asile par exemple). Le passage est aussi un espace. Il désigne l’itinéraire du «clandestin» depuis son pays d’origine jusque dans le pays de destination, ce qui inclut les étapes qui viennent ponctuer son parcours. Le terme de passage désigne donc à la fois le mouvement (d’une société à l’autre) et la présence (dans les sociétés traversées), de sorte que cette notion n’appelle pas uniquement une étude des logiques qui animent les migrations clandestines, mais aussi une approche géographique des rapports entre les «clandestins» et les sociétés.

Les terrains de recherche et la méthode mise en oeuvre
La recherche privilégie une démarche inductive et s’appuie sur un travail de terrain mené depuis 2008 dans l’agglomération de Cherbourg-Octeville. La réflexion est nourrie de comparaisons dans les villes portuaires Transmanche (Dieppe, Calais, Dunkerque…) et dans la région Nord (St Omer, Norrent-Fontes, Angres, Steenvoorde). Des recherches ont également été menées dans le 10ème arrondissement de Paris pour saisir le rôle de cet espace dans le cadre du voyage clandestin en Europe. La définition des différents terrains relève d’une construction : l’étude de la projection dans l’espace du fait clandestin a permis de développer des connaissances concernant les itinéraires clandestins et la localisation des différents squats et camps informels situés à proximité des points de passage. Les pratiques spatiales quotidiennes des migrants ont aussi été observées lors du travail d’enquête.

L’enquête qualitative mobilise l’observation participante dans le cadre d’un engagement bénévole au sein de l’association Itinérance à Cherbourg. Plus largement, les associations mobilisées autour des émigrants le long du littoral de la Manche et dans le nord de la France ont constitué une entrée importante lors du travail d’observation sur le terrain. La photographie et la tenue d’un journal de terrain ont été des outils majeurs tout au long de la recherche. Une série d’entretiens a aussi été réalisée auprès de différents acteurs concernés par les problématiques attachées à la présence des migrants «clandestins». Enfin, un travail de revue de presse a été mené à Cherbourg et un intérêt particulier a été porté à l’actualité médiatique du thème des clandestins.

En complément du travail bibliographique dans le champ scientifique, les oeuvres produites dans les champs artistiques et culturels ont fait l’objet d’une attention particulière (cinéma, littérature, théâtre, photographie). Elles constituent des témoignages et participent à mettre en débat la question sociale étudiée. Mobilisées comme des outils pour stimuler la réflexion, l’utilisation de ces sources est aussi l’occasion pour le chercheur de déplacer le regard et de développer une sensibilité et une acuité particulières vis-à-vis de l’objet d’étude.

Tout au long du travail de recherche, l’étude de la condition de clandestin a été le moyen de saisir les rapports des migrants avec la société à l’échelle locale, pour apporter des éléments de connaissances sur le passage, ainsi que pour contribuer, dans une perspective plus large, à la compréhension des sociétés par l’espace.

Apports d’une approche géographique de la condition de «clandestin»
L’étude de la condition de «clandestin» réalisée dans le cadre de cette thèse permet de porter un regard sur le fait clandestin, d’une part en questionnant le caractère contraint des mobilités des émigrants dans le passage, et d’autre part en s’interrogeant sur la place des migrants «clandestins» dans la société. Il s’agit de deux apports majeurs de cette recherche.

Les mobilités des migrants ne sont pas uniquement le produit de logiques propres au mouvement d’émigration, elles relèvent également des rapports entre les migrants et les sociétés traversées. Dès lors, qu’il s’agisse de l’itinéraire depuis le pays d’origine ou des pratiques spatiales quotidiennes, les mobilités des émigrants dans le passage apparaissent, par leur caractère contraint, comme l’indicateur d’un rapport social entre les sociétés européennes et les «clandestins». En effet, la mobilité s’inscrit aujourd’hui dans nos sociétés comme un attribut – voire une norme – qui contribue à définir et à valoriser les positions sociales les plus élevées. La possibilité de cette mobilité est aujourd’hui refusée à la majorité des émigrants qui se rendent en Europe et tentent de s’y déplacer.

La société est, de fait, confrontée à un phénomène nouveau d’émigration qui vient bousculer ses rapports à l’étranger : quelle place accorder aux émigrants qui se déplacent clandestinement ? Les réponses apportées aujourd’hui sont contradictoires. Elles opposent une forme de gestion administrative et policière du fait clandestin à une autre forme de gestion, d’ordre humanitaire et sociale, émanant de la société locale (bénévoles, militants, élus). A Cherbourg, comme dans l’ensemble des camps ou des squats recensés le long du littoral de la Manche, l’étude de l’intégration politique du phénomène du passage révèle cette tension entre «prise en charge» des émigrants et «mise à distance». Près de dix ans après la fermeture du centre de Sangatte, les lieux d’installation informels des «clandestins», loin d’avoir disparus, ont été relégués dans des espaces de marge. Qu’il s’agisse de rendre invisible les migrants et/ou leurs conditions d’accueil déplorables, la géographie actuelle du fait clandestin sur le littoral est à lire comme la projection spatiale d’un rapport social entre les émigrants et la société. Elle témoigne de la place accordée à «l’autre» dans la société.


Lien électronique

http://halshs.archives-ouvertes.fr/SHS/tel-00673859/fr/

Discipline

Géographie

Directeur

Benoît Raoulx

Université

Université de Caen

Membres du jury de thèse, soutenue le 3à novembre 2009

Christian PIHET, Professeur de géographie à l’Université d’Angers
-Claudio CERRETI, Professeur de géographie à l’Università degli studi di Roma Tre
-Djemila ZENEIDI, Chargée de recherches CNRS à l’Université de Bordeaux III
-Thierry BULOT, Professeur de sociolinguistique urbaine à l’Université de Rennes II
-Patrice CARO, Professeur de géographie à l’Université de Caen Basse-Normandie
-Benoît RAOULX, Maître de Conférences, Habilité à Diriger les Recherches, à l’Université de Caen Basse-Normandie

Situation professionnelle actuelle

Membre associé de l’UMR ESO 6590 CNRS

Contact de l’auteur

olivier.thomas@unicaen.fr

ANSOUMANA BODIAN

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De nos jours la gestion des ressources en eau est un besoin qui s’exprime à tous les niveaux (local, régional, national, internationale) du fait des conséquences souvent dramatiques d’une pénurie en eau sur le plan humain, économique et politique. Cependant, l’on ne peut bien gérer une ressource que quand elle est connue. Malheureusement les dernières décennies ont vu une réduction considérable des capacités nationales, des pays qui se partagent le bassin du fleuve Sénégal, d’assurer le suivi hydrologique du fleuve et de ses affluents et de produire une information de qualité adaptée aux besoins des utilisateurs. Ainsi, la connaissance de la ressource en eau et de ses variations saisonnières au niveau du haut bassin de manière générale et dans la partie guinéenne du bassin en particulier présente des faiblesses à cause des séries de données hydrologiques tronquées ou manquantes. Les chroniques de débit sont souvent lacunaires, discontinues, de courte durée, et en conséquence sont difficilement exploitables pour une analyse hydrologique fiable.

Dans ce contexte, l’objectif principal de cette étude est de reconstituer les données hydrométriques surtout dans la partie guinéenne du bassin (ce pays vient de rejoindre l’OMVS en 2006, mais avec des données hydrométriques fragmentaires) en utilisant le modèle GR2M. Ceci permet de disposer de séries chronologiques de débits assez longues pour une meilleure estimation des ressources en eau et de leur fluctuation temporelle. A cette fin, on a procédé dans un premier temps à une caractérisation physiographique puis pluviométrique du haut bassin. Ensuite, une modélisation hydrologique a permis de réaliser le calage/validation des bassins grâce au modèle hydrologique GR2M sur une période de référence. En fin, nous avons évalué les impacts potentiels d’un changement climatique sur l’évolution des ressources en eau du haut bassin en utilisant les sorties de quatre modèles climatiques (CSMK3, HADCM3, MPEH5 et NCPCM) issues du dernier rapport de IPCC 2007 sous influence du scénario SRES A2.

La caractérisation du régime pluviométrique est basée sur une analyse statistique des pluies annuelles, mensuelles et journalières, ensuite une spatialisation des résultats des analyses statistiques a été effectuée. Ces cartes offrent un support de visualisation et de synthèse. Elles permettent de quitter la vision réduite à un point pour une vision globale de la pluie à l’échelle de la zone étudiée. Le calage/validation croisée du modèle a permis de choisir les paramètres qui traduisent le mieux la transformation de la pluie en débit. Une fois ces jeux de paramètres choisis pour chaque bassin, cette version du modèle a été appliquée sur l’ensemble de la série pour simuler les écoulements. Cette opération a permis d’étendre les séries de débits mensuels de trois bassins (Bafing Makana, Dakka Saidou et Sokotoro) de 1923 à 2005. Globalement, le modèle reproduit d’une manière satisfaisante la forme des hydrogrammes observés. Les débits de pointes calculés sont bien situés dans le temps même s’ils sont parfois sous-estimés (particulièrement pour le bassin de Bafing Makana pour la période allant de 1981 à 1985) ou surestimés. Les étiages par contre sont parfaitement reconstitués et on observe une bonne superposition des hydrogrammes des débits observés et calculés. En raison de la variété (taille, de physiographie, des états de surface et des caractéristiques des sols) des bassins, qui leur donne une sensibilité différente aux différents termes du climat, les impacts d’un potentiel changement climatique sont variables d’un bassin à l’autre. Ainsi, par rapport aux données observées, les scénarios utilisés prévoient sur nos bassins des variations d’écoulement moyen annuel qui dépendent étroitement des prévisions de précipitation de chaque modèle climatique. Une comparaison, intermodèles climatiques, des taux de variation des modules annuels aux différents horizons permet de constater que les modèles CSMK3, HADCM3 et MPEH5 présentent une similarité de prévisions pour les trois bassins. On assiste à une diminution progressive des écoulements de l’horizon 2030 à l’horizon 2090. Le modèle NCPCM se démarque des autres modèles climatiques et prévoit une augmentation progressive des écoulements de l’horizon 2030 à l’horizon 2090 sur l’ensemble des trois bassins. Ce dernier modèle est le plus optimiste quant à la prévision des écoulements futurs dans le haut bassin du fleuve Sénégal.


Fiche informative

Discipline

Hydrologie

Directeur

Amadou Tahirou DIAW

Université

Université Cheikh Anta Diop de Dakar

Membres du jury de thèse, soutenue le 26 novembre 2011

– Alioune KANE, Professeur, FLSH/UCAD, Président
-Raymond MALOU, Maître de Conférences, FST/UCAD, Rapporteur
-Luc DESCROIX, Directeur de Recherche, LTHE (Grenoble), Rapporteur
-Alain DEZETTER, Chargé de recherche, HSM (Montpellier), Examinateur
-Honoré DACOSTA, Chargé d’enseignement, FLSH/UCAD, Examinateur
-Amadou T. DIAW, Professeur, FLSH/UCAD, Directeur de thèse

Situation professionnelle actuelle

Chef de la Division hydrologie de la Direction de la Gestion et de la Planification des Ressources en Eau du Sénégal

Contact de l’auteur

dioung2001@yahoo.fr
bodianansoumana@gmail.com

JEREMY ROBERT

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L’agglomération urbaine de Lima et Callao (9 millions d’habitants) se prépare à un séisme de grande magnitude susceptible de provoquer une crise majeure. Face à cette crise à venir, quelles connaissances peut-on produire sur la vulnérabilité du territoire urbain ?

Cette recherche a été menée au sein du laboratoire EDYTEM de l’Université de Savoie, et de l’Institut Français d’Etudes Andines (IFEA) à Lima. Elle s’insère dans les travaux du programme PACIVUR de l’IRD sur les vulnérabilités urbaines dans les pays andins et s’inscrit dans un contexte opérationnel, à travers d’étroites collaborations avec les institutions locales, principalement l’Institut National de Protection Civile (INDECI) et le ministère de la Santé péruvien.

La recherche propose de poser les jalons d’une géographie de la gestion de crise à partir de la question de l’accessibilité aux soins à Lima. C’est une géographie urbaine à la croisée des problématiques du risque, de la crise et de la santé d’urgence, qui aborde frontalement les dimensions spatiales et territoriales de la gestion des situations de crise. Plusieurs facteurs justifient le choix de Lima où la question d’un séisme de grande magnitude occupe une place majeure sur l’agenda des pouvoirs publics. La préoccupation dont elle fait l’objet s’est vue exacerbée suite au séisme de Pisco en 2007 (200km au sud de Lima), qui provoqua plus de 500 morts, questionnant l’efficacité du dispositif de protection civile péruvien. La catastrophe d’Haïti en 2010, suivie par le séisme du Chili puis du Japon en 2011, ont maintenu le sujet au sein de l’actualité, mais les interrogations sur une crise à venir restent nombreuses. En effet, alors qu’elle fut détruite dans sa presque totalité par un séisme en 1746, la capitale péruvienne n’a plus connu de crise majeure depuis. Aujourd’hui, la ville s’est agrandie, densifiée, fragmentée, complexifiée, favorisant les inégalités sociales et la construction de nouvelles vulnérabilités qu’il s’agit d’identifier.

Dans ce contexte, l’objectif est de démontrer l’intérêt d’une analyse des dimensions spatiales et territoriales de la gestion de crise pour la compréhension des vulnérabilités du territoire urbain. Pour ce faire, la recherche s’appuie sur un panorama de grandes crises urbaines et propose une analyse critique des paradigmes de gestion des risques et des catastrophes. Innovante, cette approche géographique impose de saisir conjointement la complexité des situations de crises et la vulnérabilité des grandes agglomérations urbaines.

Elle part de l’idée que la gestion de crise consiste à mettre en relation des ressources utiles au moment de l’évènement et des espaces vulnérables à secourir en priorité. Une mauvaise adéquation entre ressources et besoins est source de difficultés. Suivant cette logique, une base de données géoréférencées des ressources de santé d’urgence à Lima a été construite et sert de base pour l’analyse des dimensions spatiales et territoriales de la gestion de crise. Différentes vulnérabilités sont mises en évidence : celles des hôpitaux majeurs, celles du dispositif de soins, et celles de la population à travers l’accessibilité aux soins d’urgence. Elles contribuent toutes à la compréhension de la vulnérabilité du territoire.

Cette recherche propose de faire de la gestion de crise un véritable objet de recherche de la géographie, capable d’éclairer les questions urbaines au-delà de la problématique des risques. Elle formalise un cadre conceptuel et méthodologique alors même que les dimensions spatiales des crises ne sont que très peu explorées par les géographes. Elle propose ainsi de décrypter la vulnérabilité à partir d’une lecture conjointe des dimensions spatiales et territoriales de la gestion de crise au moment de l’événement et des processus de construction de la ville sur le temps long. Cette géographie de la crise dépasse le clivage entre prévention des risques et préparation aux situations d’urgence en s’inscrivant dans un continuum risque / crise, et réintroduit le territoire et le politique au cœur de la problématique des risques et des crises en milieu urbain. Cette approche originale soulève nécessairement une série d’interrogations, allant du positionnement du chercheur, des choix conceptuels et de leurs implications, de la reproduction de la méthodologie, jusqu’aux champs de recherche dans lesquels elle s’inscrit.

Le contexte de travail se répercute en effet sur la recherche réalisée, qui se situe au carrefour entre la recherche et la recherche-action. Cela se traduit dans la méthode de travail, favorisant la collaboration avec les institutions locales et la production de données directement utiles pour les gestionnaires. Répondre aux besoins de ces derniers implique en retour une remise en question des cadres conceptuels classiques et la formulation de nouvelles approches plus cohérentes avec la réalité du terrain. Aussi, la démarche proposée s’appuie sur un cadre conceptuel original, plaçant les enjeux du fonctionnement urbain au cœur de la définition des risques, et ouvre des pistes pour la réduction des vulnérabilités, inscrites dans un ensemble cohérent allant de la préparation aux situations d’urgence à la prévention des risques, voire du gouvernement urbain en général.

La démarche proposée, si elle est construite en confrontation avec le terrain particulier qu’est la ville de Lima, ne s’y limite pas. Les vulnérabilités du fonctionnement urbain de Lima renvoient en effet à des phénomènes plus globaux qui marquent l’évolution des sociétés contemporaines. Aussi, la philosophie et la démarche de cette recherche sont exportables à d’autres agglomérations urbaines, du Sud comme du Nord.

Enfin, cette géographie de la gestion de crise propose un angle d’approche original pour la compréhension des vulnérabilités urbaines. Elle dépasse et critique les discours sur la résilience focalisés sur le renforcement des capacités locales. Elle propose au contraire de porter un regard nouveau, détaché et critique, non seulement sur les politiques de gestion des risques et des crises, mais aussi sur les modes de gouvernements, le rôle de l’Etat et les politiques publiques. Elle ouvre ainsi des pistes de réflexion, discutant le positionnement de la recherche sur les risques souvent trop enclavé, et plaidant pour une ouverture des questionnements.


Fiche informative

lien électronique
http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00766252 /

Discipline

Géographie

Directeur

Patrick Pigeon et Robert D’Ercole

Université

Université de Savoie

Membres du jury de thèse, soutenue le 26 octobre 2012

Patrick Pigeon (Université de Savoie, directeur)
Robert D’Ercole (IRD, co-directeur)
Alain Musset (EHESS, président)
Frank Lavigne (Paris 1, rapporteur)
Freddy Vinet (Monptellier 3, rapporteur)
Christina Aschan-Leygonie (Lyon, examinatrice)
Virgina Garcia Acosta (CIESAS, examinatrice).

Situation professionnelle actuelle

Chercheur associé au laboratoire EDYTEM de l’Université de Savoie et à l’Institut Français d’Etudes Andines. Consultant de l’ONG COOPI dans le cadre d’un projet de recherche / coopération menée avec l’IRD à Port-au-Prince (Haïti).

Contact de l’auteur

jeremy.robert@univ-savoie.fr

robert.jeremy2013@gmail.com