Accueil
   
Index
   
Soumettre
un article
   
Projet éditorial
   
Les numéros en ligne
  • 7 | 2014
    Les espaces de l'entre-deux
  • 6 | 2013
    Géographie des faits religieux
  • 5 | 2013
    Géographie humanimale
  • 4 | 2012
    Géographies critiques
  • 3 | 2012
    Les géographies des enfants et des jeunes
  • 2 | 2011
    Espace virtuels et varia
  • 1 | 2010
    Varia
  •    
    Qui sommes- nous?
       
    Contact
       
    Flux_rss Flux RSS
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       

    globeCarnets de soutenances

     

    JARDINER LES VACANTS
    Fabrique, gouvernance et dynamiques sociales des vacants urbains jardinĂ©s du nord-est de l'ÎIe-de-France



    KADUNA-EVE DEMAILLY

     

    Télécharger l'article



    Apparu Ă  la fin des annĂ©es 1990 en France, le jardin partagĂ© est dĂ©crit comme le nouvel espace vert Ă  la mode manifestant un attachement Ă  l’environnement ainsi qu’un dĂ©sir de loisir, de convivialitĂ© et d’implication citoyenne dans la gestion d’espaces urbains. Son essor dans les villes françaises est largement favorisĂ© par les municipalitĂ©s qui mettent des terrains Ă  disposition des associations gestionnaires dans le cadre de conventions. Dans l’hĂ©ritage du jardin familial, le jardin partagĂ© s’inscrit Ă©galement dans la filiation du community garden nord-amĂ©ricain en ce qu’il traduit notamment le souhait d’un investissement citadin des espaces dĂ©laissĂ©s mĂ©tropolitains. Dans le cadre du dĂ©veloppement durable, promouvant une ville compacte, la friche s’envisage dĂ©sormais comme un support de renouvellement urbain et d’initiatives citoyennes (Chaline, 1999 ; Janin et Andres, 2008).

    Nous avons alors choisi de nous intĂ©resser Ă  un type spĂ©cifique de jardin partagĂ© : le jardin partagĂ© installĂ© sur une friche, que nous avons nommĂ© vacant jardinĂ© institutionnalisĂ© (VJI). Ce dernier se dĂ©finit comme un espace urbain jardinĂ© par des citadins dans le cadre d’une contractualisation avec le propriĂ©taire, dans l’attente d’une affectation pĂ©renne.

    Cette thĂšse vise Ă  comprendre dans quelle mesure le VJI tĂ©moigne d’une reconfiguration des modes du « faire » et du « vivre » la ville. Pour une approche globale du fait urbain au prisme du VJI, notre problĂ©matique se dĂ©compose en deux volets focalisĂ©s sur la production de territoires urbains et l’urbanitĂ©. Les modalitĂ©s du « faire » la ville questionnent les dynamiques de coproduction et de gouvernance de ces territoires mais aussi la trajectoire et la valorisation de vacants urbains en jardins partagĂ©s. Quant aux modalitĂ©s du « vivre » la ville, elles renvoient au rĂŽle social, politique et Ă©cologique de ces territoires.

    En croisant la surreprĂ©sentation des terrains vacants et la carence en espaces verts, nous avons dĂ©fini le quart nord-est de l’Île de France comme terrain de recherche. En dĂ©finitive, 48 vacants jardinĂ©s (dont 10 ont disparu au cours de cette recherche) ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s : 33 sont situĂ©s Ă  Paris, essentiellement dans le nord-est de la commune et 15 sont localisĂ©s dans les autres dĂ©partements Ă©tudiĂ©s, principalement en Seine-Saint-Denis (figure 1).

    Figure 1 : les vacants jardinés institutionnalisés étudiés

    Afin de caractĂ©riser des discours et des pratiques, l’analyse des documents d’encadrement politique des VJI a Ă©tĂ© conjuguĂ©e Ă  la rĂ©alisation d’un matĂ©riau propre. Les terrains Ă©tudiĂ©s ont fait l’objet de phases d’observation (observation simple et une observation participante) tandis que 43 entretiens ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s auprĂšs d’acteurs institutionnels et d’usagers. Enfin, 130 questionnaires ont Ă©tĂ© soumis aux adhĂ©rents de 16 VJI parisiens. ParallĂšlement, l’examen de sources quantitatives a permis de prĂ©ciser les contextes socio-Ă©conomiques des sites Ă©tudiĂ©s (donnĂ©es carroyĂ©es de l’INSEE) et de spĂ©cifier la propriĂ©tĂ©, les types de vacant et les orientations de valorisation Ă  l’aide du Mode d’Occupation du Sol de l’Île-de-France, de l’EVOLUMOS et des donnĂ©es cadastrales.

    Les principaux apports de cette étude se déclinent en 4 axes : gouvernance, sociabilités et environnement, trajectoires et contextes urbains.

    Des territoires coproduits mais une gouvernance inaboutie
    L’analyse de la crĂ©ation de ces territoires met Ă  jour leur coproduction associant municipalitĂ©s, propriĂ©taires, associations et riverains (figure 2).

    Figure 2. la coproduction des vacants jardinés institutionnalisés




    Mais si les usagers gĂšrent et animent les sites au quotidien, leur participation Ă  la dĂ©cision reste modeste. La municipalitĂ© en tant que propriĂ©taire du foncier apparait comme l’acteur dĂ©terminant.

    Des territoires de sociabilitĂ©s et de sensibilisation Ă  l’écologie
    MalgrĂ© l’organisation d’évĂ©nements, la mise en place de partenariats et de permanences d’ouverture, l’impact du VJI Ă  l’échelle du quartier est relatif ; la crĂ©ation de liens sociaux est circonscrite Ă  l’enceinte du jardin. Ce territoire s’apparente Ă  un « club » au sens de Chris Webster (2002). En outre, en dĂ©pit d’une survalorisation du rĂŽle Ă©cologique des vacants jardinĂ©s, les dispositifs mis en place pour favoriser une gestion Ă©cologique du site et la biodiversitĂ© apparaissent standardisĂ©s (figure 3) et les VJI ne font pas l’objet de protection rĂ©glementaire. Ces territoires constituent avant tout des outils de sensibilisation.

    Figure 3 : l’hĂŽtel Ă  insectes : un des dispositifs favorisant la biodiversitĂ© les plus rĂ©pandus (Petits PrĂ©s Verts, avril 2011)



    Des territoires temporaires pour une ville durable
    L’affectation de vacants en jardins partagĂ©s est envisagĂ©e comme une valorisation temporaire de terrains en vue d’une affectation jugĂ©e prioritaire comme la construction de logements ou d’équipements. On observe donc une consolidation de l’association entre terrain vacant et jardin, traduisant une rentabilisation accrue des espaces et des rythmes urbains au profit des propriĂ©taires et des municipalitĂ©s.

    Des territoires urbains composites marqués par la discontinuité
    L’analyse de la composition socioĂ©conomique des usagers parisiens met en Ă©vidence une relative hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des profils socioĂ©conomiques. Par contre, la mixitĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle est faible (surreprĂ©sentation des 40-59 ans) et le sex-ratio dĂ©sĂ©quilibrĂ© (70 % de femmes). A l’échelle urbaine, les VJI se situent sur des zones de « couture ». Les discontinuitĂ©s relatives Ă  la durĂ©e d’occupation des logements des mĂ©nages tĂ©moignent d’un processus de gentrification Ă  l’Ɠuvre et rĂ©vĂšlent une mobilisation du VJI dans le cadre du projet urbain.

    Le vacant jardinĂ© institutionnalisĂ© constitue une manifestation de l’injonction contemporaine du dĂ©veloppement durable, qui se traduit par des Ă©volutions dans la façon de produire et de concevoir la ville au profit des municipalitĂ© et des inflexions dans la façon de vivre la ville qu’il est nĂ©cessaire de relativiser et d’apprĂ©hender Ă  l’échelle micro-locale.

    Références citées dans le texte
    CHALINE C. (1999), La régénération urbaine, Paris, Presses Universitaires de France.
    JANIN C. et ANDRES L. (2008) « Les friches : espaces en marge ou marges de manƓuvre pour l’amĂ©nagement des territoires ? », Annales de gĂ©ographie, n°663, p. 62‐81.
    WEBSTER C. (2002) « Property rights and the public realm: gates, green belts, and Gemeinschaft », Environment and Planning B: Planning and Design, vol. 29, n 3, p. 397‐412.

    Fiche informative

    Lien électronique de la thÚse

    http://jardinons-ensemble.org/spip.php?article2632

    Discipline

    Géographie

    Directrice

    Laurent Simon et Renaud Le Goix

    Université

    Paris I Panthéon-Sorbonne, UMR 7533 LADYSS

    Membres du jury de thĂšse, soutenue le 4 novembre 2014

    Pétros Petsimeris, Professeur Université Paris I (président)
    Paul Arnould, Professeur ENS Lyon (rapporteur)
    Lise Bourdeau-Lepage, Professeur Université Lyon III (rapporteur)
    Raphaël Mathevet, Chargé de recherche CNRS (membre du jury)
    Laurent Simon, Professeur Université Paris I (directeur)
    Renaud Le Goix, Professeur Université Paris VII (directeur)

    Situation professionnelle actuelle

    ATER Université Paris-Est Créteil, Chercheur associée au LADYSS /p>

    Contact de l’auteur

    [email protected]

     

    credits_mentions_legales Votre monde à la carte