CLELIA GASQUET

Télécharger l'article

La fièvre hémorragique à virus Ebola est une maladie qui constitue une menace pour les populations d’Afrique Centrale, notamment en milieu rural forestier. Au Gabon et en République du Congo, où 7 épidémies ont sévit entre 1994 et 2005, elle y est devenue un problème de santé publique. Cette zoonose émerge chez l’homme lors d’un contact direct avec un animal contaminé, une carcasse ou un vecteur du virus. L’émergence est directement liée, dans ces villages enclavés, aux pratiques ancestrales des lieux (chasse, cueillette, etc.).

La contamination interhumaine a lieu lors d’un contact direct avec les fluides corporels d’un malade. Elle s’effectue en premier lieu au sein des familles des victimes, lors des soins prodigués aux malades et de ceux donnés aux morts lors des cérémonies funéraires. Nous tentons dans les premiers temps de cette étude de comprendre, en nous appuyant sur le concept de pathocénose, en quels termes l’émergence virale nous éclaire sur les liens existants entre hommes et virus et les dynamiques spécifiques de ces derniers.

Par ailleurs, on a constaté le rôle amplificateur des soins hospitaliers et des guérisseurs, confirmant l’importance du risque nosocomial qui associe à ce virus une perception panique de l’opinion mondiale. Les Nords y portent un intérêt particulier. De fait et au nom de l’aide humanitaire il n’existe pas d’épidémie d’Ebola qui ne soit accompagnée du cortège des institutions internationales.

Cette médecine d’urgence « s’associe » au système de santé national dont l’emprunte territoriale est localement faible. Plusieurs types d’offres de soins antérieurs (traditionnels) ou postérieurs (cliniques religieuses) se surimposent au modèle de santé biomédical représenté par les cases de santé et centres médicaux. Les médicaments manquent, les personnels de santé ne se rendent pas toujours sur les lieux de leur affectation.

Au quotidien, le recours aux soins des populations apparaît pluriel. Lors d’une épidémie d’Ebola, en raison de son taux de mortalité (jusqu’à 80%) et de sa contagiosité élevés, des symptômes associés (forte fièvre d’apparition brutale, complications gastro-intestinales et respiratoires, et en phase terminale, hémorragies généralisées), la logique des malades semble plus liée à une errance thérapeutique, conditionnée par la recherche des soins et de la causalité du malheur.

En l’absence de vaccin, le traitement reste symptomatique. Les mesures d’intervention pour limiter la diffusion sont l’isolement des malades et l’incinération des matériaux contaminés. La multiplicité des acteurs présents lors de la crise exacerbe l’anomie créée par la maladie et met en exergue un rapport de force, de violence, qui n’est parfois que l’expression de la contestation des plus démunis.


Fiche informative

Discipline

Géographie physique, humaine, économique et régionale

Directeur

Pr. Gérad Salem et Dr. Eric Leroy

Université

Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Membres du jury de thèse, soutenue le 1er Décembre 2010

Eric LEROY, Directeur de recherche à l’IRD (directeur de thèse)
Gérard SALEM, Professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense (directeur de thèse)
Jeanne-Marie AMAT-ROZE, Professeur à l’Université Paris XII (rapporteur)
Jean-Paul GONZALEZ, Directeur du CIRMF, (rapporteur)
Florence FOURNET, Chargée de recherche à l’IRD (examinateur)
Bernard HOURS, Directeur de Recherche IRD (examinateur)
Sylvie FAINZANG, Directrice de recherche à l’INSERM (présidente)

Situation professionnelle actuelle

Chargée de recherche à l’association Elus Santé Publique et Territoires (ESPT) et vaccataire/chargée de cours en géographie à UPOND.