Corinne Luxembourg

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Depuis la fin des années 1960, le processus de désindustrialisation en Europe et en particulier en France a pris de plus en plus d’ampleur. Ainsi, l’industrie française a perdu 500 000 emplois entre 2000 et 2006. A l’échelle locale, ce sont principalement les villes petites et moyennes qui sont concernées, notamment en raison de leurs attraits économiques et fonciers. Si l’actualité du départ des industries du territoire français se fait de plus en plus présente, les travaux des géographes sont peu nombreux. Le contexte scientifique de cette recherche est marqué notamment par l’ouvrage de Sylvie Daviet Industrie, culture, territoire publié en 2005 ou les publications de Simon Edelblutte.

Ce travail de thèse s’est attaché à l’étude des villes encore industrielles, par leurs activités de production si elles perdurent ou par leur image, leur mémoire collective. Comment, dans une période où la revitalisation économique passe par le tertiaire, où le terme d’industrie n’existe plus qu’accolé à celui de connaissance ou de créativité et de plus en plus rarement à celui de population ouvrière, des villes s’illustrent-elles par des permanences industrielles ? Cinq villes petites et moyennes ont ainsi été choisies selon leur profil socioprofessionnel : Blagnac, Bourges, Gennevilliers, Le Creusot, Valenciennes.

Valenciennes ne compte plus que peu d’ouvriers dans la population active et peu d’emplois industriels au lieu de travail. Elle porte l’image d’une ville de l’après-désindustrialisation, de l’après pôle de conversion. Bourges, ville de mono-industrie d’Etat se situe encore dans une fourchette moyenne en termes de population ouvrière et d’emplois industriels. Le Creusot, marquée par une famille industrielle et le paternalisme est représentative des agglomérations nées de l’usine, avec plus de 15% d’ouvriers dans la population active et près de 40% d’emplois industriels. Elle reste très dépendante de la métallurgie. Gennevilliers, commune de la petite couronne parisienne concentre encore une forte population ouvrière et un taux important d’emplois industriels. Elle a les caractéristiques des villes de banlieue de grandes villes. Enfin, Blagnac fait figure d’exception avec une très faible part d’ouvrier dans la population active et un très fort taux d’emplois industriels. Elle illustre les communes nées des nouvelles technologies industrielles nécessitant des formations élevées. Toutefois, ces cinq villes ont en commun une forte identité industrielle. Si elles restent des villes interfaces, elles le sont à différents stades : la part conservée ou non par l’industrie y est diverse, la volonté de patrimonialisation plus ou moins affirmée.

La réflexion s’appuie sur différents matériaux tels que les recensements généraux de la population de l’INSEE, les documents statistiques de la DARES et de l’UNEDIC. Ceci pour obtenir un profil socio-économique de chacune des villes. Concernant les formes urbaines, l’organisation du bâti, les évolutions des emprises usinières, les relevés sont faits à partir des cartes topographiques, mais aussi de reportages photographiques. Enfin une attention particulière a été apportée au recueil de la parole des acteurs locaux (élus, syndicalistes, ouvriers, patrons).

De ces matériaux plusieurs axes ont été dégagés. Ces villes sont devenues des espaces de l’entre-deux, des villes-interfaces, tour à tour interrogées sur leur caractère industriel, sur leur urbanité, sur les relations des espaces de production avec l’espace urbain et les bouleversements dont elles font l’objet. Parallèlement ou successivement, ces villes connaissent des évolutions, parfois sous l’impulsion de politiques comme les pôles de conversion, le pôle de compétitivité, les tentatives de revitalisation industrielle ou les choix de tertiarisation. Toutefois quels que soient les choix établis, à différents degrés, ces villes restent industrielles par le ressenti des habitants, l’habitat des salariés, le paysage, l’imaginaire. À cela s’ajoutent des volontés politiques de conserver, de mettre en patrimoine, de marquer l’espace urbain d’éléments évocateurs d’identité, de mémoire collective. Chaque aspect apporté, provoqué par la désindustrialisation, est un des avatars de l’industrie dans ces villes. Les réflexions locales sont diverses, tout comme les réponses apportées aux problèmes posés par ce processus, mais quoi qu’il en soit, la question industrielle se pose en termes d’échelle.

La France reste une puissance industrielle. Ses entreprises, parmi les plus importantes, enregistrent des chiffres d’affaires à la hausse. Les délocalisations sont assimilées à des mutations industrielles plutôt qu’à une désindustrialisation et de fait, des entreprises qui disparaissent ici peuvent continuer d’exister ailleurs. Mais à l’échelle urbaine, les bouleversements économiques, l’écart creusé entre la ville et l’entreprise, la fin du caractère industriel touchent souvent violemment la vie économique et sociale de la population. C’est aussi un imaginaire, une identité, des sentiments d’appartenance qui s’effondrent et doivent se reconstruire perpétuant l’industrie de façon plus durable pour subsister ou passant tout à fait à la page tertiaire.


Fiche informative

Lien vers la thèse

https://www.carnetsdegeographes.org/wp-content/uploads/2020/02/med.pdf

Discipline

Géographie

Directeur

Colette Vallat

Université

Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Membres du jury de thèse, soutenue le 9 décembre 2008

– Sylvie Daviet, Université de Provence (présidente et rapporteur)
– Jean Soumagne, Université d’Angers (rapporteur)
– François Bost Université Paris Ouest Nanterre la Défense (examinateur)
– Colette Vallat Université Paris Ouest Nanterre la Défense (directrice de thèse)

Situation professionnelle actuelle

Chargée de cours à l’université Paris Est Créteil / chargée de mission à la ville de Villejuif

Contact de l’auteur

corinne.luxembourg@gmail.com