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    ACTUALITES DE LA GEOGRAPHIE CRITIQUE
    Retour sur la derniÚre conférence internationale de géographie critique (Francfort et Berlin, 16-20 août 2011)

     

    MARTINE DROZDZ

    Université LumiÚre Lyon 2 / London School of Economics
    UMR 5600 Environnement, ville, société
    [email protected]


    CECILE GINTRAC

    Université Paris Ouest Nanterre La Défense
    EA 375 - Laboratoire de géographie comparée des Suds et des Nords
    (GECKO)
    [email protected]


    SARAH MEKDJIAN

    Maßtre de conférence à l'Université Pierre MendÚs-France Grenoble 2
    UMR PACTE
    [email protected]


    Télécharger l'article


    La 6e confĂ©rence internationale de gĂ©ographie critique s’est dĂ©roulĂ©e Ă  Francfort du 16 au 20 aoĂ»t 2011. Pendant quatre jours, environ trois cents participants venus de nombreux pays se sont rĂ©unis pour dĂ©battre autour des « crises » (Causes, Dimensions, RĂ©action), thĂ©matique incontournable au moment mĂȘme oĂč la crise des dettes souveraines europĂ©ennes s’intensifiait. Cette confĂ©rence fut la 6Ăšme organisĂ©e depuis la crĂ©ation de cet Ă©vĂšnement en 1997 Ă  Vancouver, et la seconde Ă  ĂȘtre organisĂ©e en Europe, et offrait un Ă©ventail variĂ© des approches et des thĂ©matiques qui se retrouvent sous la banniĂšre des gĂ©ographies critiques. Avant de dĂ©tailler les thĂšmes et les approches explorĂ©es pendant la confĂ©rence, nous nous proposons de revenir sur la genĂšse et le contexte de crĂ©ation de cet Ă©vĂ©nement.

    1. Aux origines du groupe international de géographie critique : un positionnement militant et contestataire.

    La premiĂšre confĂ©rence de gĂ©ographie critique Ă  la fin des annĂ©es 1990 naĂźt de l’impĂ©ratif, pour les gĂ©ographes anglophones, de rĂ©pondre Ă  un double contexte problĂ©matique : les agissements de la firme Shell au Nigeria, l’un des principaux mĂ©cĂšnes de la confĂ©rence annuelle des gĂ©ographes britanniques (RGS-IBG) et la crise Ă©conomique qui touche l’Asie du Sud-Est et les pays Ă©mergents (Argentine, Russie, BrĂ©sil), Ă©vĂ©nement qui met un frein (temporaire) Ă  l’enthousiasme des chantres de la mondialisation nĂ©olibĂ©rale et permet l’expression de voix critiques.
    Revenons sur le premier Ă©vĂ©nement dĂ©clencheur. L’exĂ©cution de neuf activistes Ogoni dont l’écrivain Ken Saro-Wiwa par le rĂ©gime militaire de Lagos en 1995, dĂ©clenche une vague de contestation chez les gĂ©ographes anglophones, en particulier Britanniques, dont la rĂ©union annuelle est sponsorisĂ©e par la firme Shell, soutien financier du rĂ©gime militaire nigerian et possiblement directement impliquĂ© dans ces crimes (Berg, 2009). Les universitaires britanniques (membre du Institute of British Geographers – IBG) mĂšnent alors une campagne en faveur de l’interruption du mĂ©cĂ©nat de Shell de leur confĂ©rence annuelle. La motion est unanimement acceptĂ©e par les universitaires du IBG et massivement rejetĂ©e par les membres de la Royal Geographical Society (RGS). Face Ă  cette situation, les gĂ©ographes britanniques (fĂ©dĂ©rĂ©s autour du Critical Geography Forum Online modĂ©rĂ© par Joe Painter) proposent de crĂ©er une confĂ©rence alternative Ă  la rĂ©union annuelle de la RGS-IBG. Ce forum devient un espace de discussion pour les gĂ©ographes anglophones, qui proposent alors d’organiser Ă  Vancouver la premiĂšre ConfĂ©rence Internationale de GĂ©ographie Critique.

    Chronologie du groupe international de géographie critique

    Source : D'aprĂšs Berg, 2009


    Cette premiĂšre confĂ©rence est l’occasion de fĂ©dĂ©rer ou de faire se rencontrer diffĂ©rents mouvements de « gĂ©ographie critique », Ă©mergeant dans des contextes universitaires variĂ©s depuis les annĂ©es 1980 et qui dĂ©signent un large spectre d’approches et d’objets. Ces approches ont pour caractĂ©ristique commune la volontĂ© de dĂ©noncer et dĂ©construire les situations de domination, de rĂ©vĂ©ler les relations spatiales inĂ©galitaires, dans le but de transformer les structures qui les produisent (a broad coalition of left-progressive approaches to the study of Geography [
] linked by a shared commitment to a broadly conceived emancipatory, progressive social change, and the use of a range of critical socio-geographic theories - Berg, 2009).

    2. “A world to win !”
    C’est ce slogan, rĂ©solument optimiste, qui introduit la dĂ©claration d’intention du groupe international de gĂ©ographie, dĂ©clinĂ©e en douze points. Il nous semble que cette dĂ©claration s’articule autour de trois idĂ©es centrales, qui permettent de mieux apprĂ©hender les critĂšres de dĂ©finition de la gĂ©ographie critique :
    - la volontĂ© d’analyser, pour mieux les dĂ©noncer, la diversitĂ© des formes de domination : “capitalist exploitation; oppression on the basis of gender, race and sexual preference; imperialism, national chauvinism, environmental destruction” (ComitĂ© d’organisation de la confĂ©rence). Cette approche semble d’autant plus nĂ©cessaire que la gĂ©ographie, en tant que discipline, est longtemps apparue comme un outil au service des puissants : “the discipline has long served colonial, imperial and nationalist ends by generating the ideological discourses that help to naturalize social inequality” (ibid.).
    - l’affirmation d’un engagement auprĂšs des mouvements sociaux : “we join with existing social movements outside the academy aimed at social change” (ibid.). Il s’agit de dĂ©passer les frontiĂšres du monde acadĂ©mique pour intervenir dans l’espace public et soutenir certaines luttes.
    - la nĂ©cessitĂ© de crĂ©er un rĂ©seau alternatif de recherche en gĂ©ographie, dans un contexte de privatisation croissante des savoirs et de l’enseignement. “We are critical because we refuse the self-imposed isolation of much academic research, believing that social science belongs to the people and not the increasingly corporate universities”(ibid.).
    Il s’agit donc d’une approche qui se veut alternative, tant par les savoirs produits que par les conditions d’exercice d’une recherche dont les effets ne doivent pas se limiter au monde acadĂ©mique.


    3. Retour sur Francfort
    L’analyse du dĂ©roulement de cette confĂ©rence nous permet de rĂ©pondre Ă  la question suivante : qu’est-ce qu’une confĂ©rence de gĂ©ographie critique ? En quoi celle-ci diffĂšret-elle des confĂ©rences classiques?
    a) L’espace au prisme de la crise
    La conférence était structurée autour de la notion de crise, et dix thÚmes guidaient les interventions:
    - la crise économique, financiÚre et fiscale ;
    - la crise urbaine ;
    - la crise écologique ;
    - les subjectivités en crise ?;
    - les mouvements d’opposition ;
    - la géopolitique, la biopolitique et les espaces critiques du politique ;
    - les mobilités en crise ;
    - l’universitĂ© / la gĂ©ographie en crise ;
    - la question de la traduction ;
    - l’Europe et « ses autres ».
    En ce sens, le fil directeur de la crise avait pour ambition de rendre les savoirs produits vĂ©ritablement opĂ©ratoires (comment comprendre la crise et ses effets ? Quels moyens d’action permettent d’y rĂ©pondre ? ).
    Le premier thĂšme a ainsi permis d’entendre plusieurs communications sur les manifestations, les causes et les consĂ©quences de la crise du capitalisme financier depuis 2008 et celle des dettes souveraines europĂ©ennes, avec quelques interventions sur les transformations neolibĂ©rales de l’Etat post-keynĂ©sien, ou de « l’Etat keynĂ©sien privatisĂ© », comme le qualifie l’économiste autrichienne Brigitte Young.
    La crise urbaine a occupĂ© 24 sessions sur la centaine de panels proposĂ©s au total, et donnĂ© Ă  voir une certaine diversitĂ© gĂ©ographique (avec des Ă©tudes de cas situĂ©es au Canada, en SuĂšde, Australie, Etats-Unis, Royaume Uni, Afrique du Sud, Slovaquie, Allemagne, Pays-Bas, Taiwan, Hong-Kong, BrĂ©sil, Chili, Colombie, Bengladesh, Palestine...) et thĂ©matique : les crises des crĂ©dits immobiliers et leurs gĂ©ographies, la privatisation des services urbains - rĂ©seaux de distribution de l’eau, logements - et leurs consĂ©quences sociales, les usages du concept de “neighborhood” dans les politiques des gestion de l’espace urbain, la marchandisation des espaces publics et dans ce cadre, le rĂŽle jouĂ© par les TICes, et plus gĂ©nĂ©ralement, les pratiques d’exclusion des espaces publics, via l’analyse d’opĂ©rations immobiliĂšres ou la mise en place de politiques sĂ©curitaires.
    Le thĂšme des luttes sociales Ă©tait lui aussi majoritairement situĂ© dans un contexte urbain, avec des positions qui examinaient les possibilitĂ©s/horizons contestataires, voire rĂ©volutionnaires, les luttes locales contre l’urbanisme nĂ©o-libĂ©ral, mais aussi les modes d’organisation des groupes marginalisĂ©s (travailleur.se.s du sexe, sweatshops, vendeurs de rue). Deux sessions Ă©taient centrĂ©es sur la production des biens communs urbains (urban commons).
    La gĂ©ographie rurale et l’environnement, particuliĂšrement peu prĂ©sents, partageaient une session commune, pour une quinzaine de prĂ©sentations au total oĂč se mĂȘlaient crise alimentaire, changement climatique, dynamiques sociales des espaces ruraux et mobilisations environnementales.
    Le thĂšme “subjectivitĂ©s en crise” proposait un ensemble de communications ayant pour point commun de s’interroger sur les processus d’identification liĂ©s au genre, aux mouvements queer, aux situations de handicap (par exemple les spatialitĂ©s des personnes handicapĂ©es en Hongrie), etc. Le rĂŽle de l’espace dans la construction mais aussi la marginalisation de ces “minoritĂ©s”. Il comportait Ă©galement deux sessions exclusivement urbaines, centrĂ©es sur le thĂšme “droit Ă  la ville”, explorĂ© du point de vue de certains groupes (femmes, lesbiennes gay bi et trans). Le thĂšme consacrĂ© Ă  l’analyse des biopolitiques (forme d’exercice du pouvoir qui porte sur la gestion du vivant, des populations, et de leur corps) offrait une succession de sessions trĂšs cohĂ©rentes. Une prĂ©sentation d’études de cas de biopolitiques contemporaines, dans des contextes gĂ©ographiques variĂ©s (Afghanistan, Chine) Ă©tait suivie par une analyse plus historique des biopolitiques rĂ©alisĂ©es au Japon. La session suivante donnaient Ă  voir les rĂ©sistances que des groupes locaux marginalisĂ©s ou menacĂ©s par ces politiques peuvent mettre en place (en AmĂ©rique latine) quand le dernier panel se concentrait spĂ©cifiquement sur la territorialisation des programmes biopolitiques contemporains. On notera qu’un dernier panel interrogeait les spatialitĂ©s de l’Holocauste (Holocaust spatialities).
    La condition des migrants internationaux, dans des contextes de durcissement des politiques publiques d’encadrement et de contrĂŽle des flux migratoires Ă©tait au coeur de la question des “mobilitĂ©s en crise”. Plusieurs Ă©tudes de cas soulignaient la spĂ©cificitĂ© des contextes (mobilitĂ©s forcĂ©es des Roms en Italie ou encore mobilitĂ©s urbaines Ă  travers l’analyse comparĂ©es des systĂšmes de transport de Bogota et Mexico). Les panels du thĂšme “l’Europe et ses autres” complĂ©taient ces questions en interrogeant les processus de renforcement des frontiĂšres extra-communautaires.
    Les sessions centrĂ©es sur l’analyse de la crise de l’UniversitĂ© offraient un espace de dialogue et de partage d’expĂ©riences pour des enseignants et des chercheurs engagĂ©s dans des institutions dont le rĂŽle et le fonctionnement ont Ă©tĂ© bouleversĂ©s par la diffusion de l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale. La plupart des panels cherchaient Ă  pointer les effets de la privatisation de l’UniversitĂ© et la commodification du savoir. La prĂ©carisation de la force de travail universitaire et la marginalisation des femmes occupaient deux sessions. L’analyse des conditions de production des savoirs font partie d’une approche rĂ©flexive, constituant sans doute l’un des apports majeurs de la gĂ©ographie critique. C’est Ă©galement dans cette perspective que la question du rĂŽle de traduction a Ă©tĂ© posĂ©e. L'hĂ©gĂ©monie de l'anglais comme langue de production et de diffusion des savoirs a occupĂ© une partie des discussions organisĂ©es de maniĂšre volontairement plurilingues par les participants (la communication de Claire Hancock sur la figure du traducteur Ă©tait en partie bilingue, en français et en anglais). Un des enjeux fut de penser les modalitĂ©s d'une circulation des savoirs, qui limiterait les effets de domination, de normalisation et de marginalisation des pensĂ©es en langues dites « Ă©trangĂšres ».
    En somme, si l’on examine l’ensemble des communications sans prendre en compte le dĂ©coupage en dix thĂ©matiques proposĂ©es, force est de constater que la gĂ©ographie critique est le plus souvent une gĂ©ographie urbaine : plus d’une centaine de communications partaient d’exemples urbains. C’est ce que confirme le nuage de mots rĂ©alisĂ©s Ă  partir des titres des interventions.

    Nuage de mots réalisé à partir des titres des interventions


    Au-delà des objets privilégiés par la géographie critique, une méthodologie spécifique se dégage t-elle?

    b) Pensées critiques, méthodes critiques ?
    Si les thĂ©matiques employĂ©es permettaient de retrouver les objets chers aux gĂ©ographes critiques et radicaux (genre, mouvements sociaux et mobilisation collectives, gentrification), on peut souligner que la question de la mĂ©thodologie a globalement Ă©tĂ© peu interrogĂ©e. La plupart des prĂ©sentations correspondaient en fait Ă  des Ă©tudes de cas, qui pouvaient donner lieu parfois Ă  une dĂ©construction des discours dominants. C’est d’ailleurs ce que soulignait Peter Marcuse, figure des critical urban studies dans la session finale sur la ville, en soulignant la pression croissante au sein de l’UniversitĂ© pour produire des “faits”. La multiplication des Ă©tudes de cas, si pertinentes soient-elles, est susceptible d’empĂȘcher les gĂ©nĂ©ralisations thĂ©oriques (« Too much empircal studies prevents critical thinking », Marcuse). La place prĂ©pondĂ©rante des Ă©tudes empiriques est-elle le signe d’un dĂ©ficit de thĂ©orisation ou le rĂ©sultat d’un choix dĂ©libĂ©rĂ© de poser les bases d’un savoir ancrĂ© dans la pratique? Il semblerait que les participants considĂšrent davantage l’approche critique par le choix de leurs objets empiriques et les rĂ©fĂ©rences Ă  des auteurs reconnus dans ce champ (Henri Lefebvre, David Harvey, Michel Foucault, Neil Smith, Ecole de Francfort,) que par des innovations thĂ©oriques et mĂ©thodologiques.
    Dans ce contexte, la question des Ă©chelles a, par exemple, finalement Ă©tĂ© peu interrogĂ©e. Il semblerait pourtant pertinent de s’en emparer davantage. A quelle Ă©chelle penser les formes de domination? A quelle Ă©chelle penser ou pratiquer les luttes?

    Deux jours de voyage de terrain Ă  Berlin concluaient la confĂ©rence, organisĂ©s par des universitaires allemands engagĂ©s dans divers mouvements sociaux urbains. Un choix d’une dizaine d’excursions a permis de prolonger les dĂ©bats ouverts Ă  Francfort et de recontrer des activistes berlinois, tels que des associations LGBT en lien avec l’immigration turque, des militants engagĂ©s dans la lutte contre la multiplication des camĂ©ras de surveillance ou encore des anciens squatteurs du quartier de Kreuzberg. C’est lĂ  un exemple paticuliĂšrement original et apprĂ©ciable d’un savoir partagĂ©, en construction avec les acteurs de terrain. A Francfort, comme Ă  Berlin, les dĂ©bats ont fait Ă©merger un ensemble des notions qui nous semblent particuliĂšrement pertinentes pour comprendre les enjeux contemporains d’une gĂ©ographie critique.

    c) Eclairage de quelques concepts qui ont retenu notre attention
    - commodification / dĂ©commodification des biens urbains : plusieurs intervenants Ă©voquaient la « dĂ©commodification » des biens urbains comme une rĂ©gulation possible des effets les plus nĂ©fastes de la gentrification. Rappelons que le terme de commodification est un nĂ©ologisme anglais traduit le plus souvent par “marchandisation”. Par opposition, la dĂ©commodification dĂ©signe le processus par lequel des populations, des espaces, des biens matĂ©riels ou immatĂ©riels peuvent sortir des logiques du marchĂ©.
    Le contexte berlinois se prĂȘtait particuliĂšrement Ă  une rĂ©flexion sur ce couple de notions. La ville donne Ă  voir tout un Ă©ventail de possibilitĂ©s de logement hors des lois du marchĂ© - coopĂ©ratives, squats, logements sociaux. Ces alternatives sont menacĂ©es par des politiques urbaines liĂ©es Ă  la crise fiscale, qui visent Ă  les marchandiser. Ces rĂ©flexions rejoignaient les dĂ©bats initiĂ©s Ă  Francfort sur les politiques de rĂ©gulation et de gestion des biens urbains collectifs (urban commons) soumis Ă  la gĂ©nĂ©ralisation des logiques de privatisation. Plus gĂ©nĂ©ralement, c’est la question de la nature et des propriĂ©tĂ©s des biens produits en dehors du marchĂ© qui encadre ces rĂ©flexions, dans le prolongement des analyses rĂ©centes de l’économie politique.
    - Le droit Ă  la ville (Right to the city) : l’ombre d’Henri Lefebvre planait sans nul doute sur Francfort et Berlin pendant cette semaine. Quatre panels Ă©taient consacrĂ©s au droit Ă  la ville auxquels il faut ajouter les nombreuses prĂ©sentations qui mentionnaient ce concept lefevbrien dans le titre. Le droit Ă  la ville est devenu manifestement un outil de rĂ©flexion sur l’émancipation au mĂȘme titre qu’un outil de mobilisation. Une session Ă©tait ainsi consacrĂ©e aux pratiques politiques des gĂ©ographes critiques au sein de Right to the City Alliance (“Political Practice of Critical geographers within the Right the the City Alliance”). Plusieurs participants de la confĂ©rence revendiquaient une activitĂ© au sein de ce mouvement qui s’est structurĂ© Ă  partir de 2007 depuis les États-Unis.
    La confĂ©rence internationale de gĂ©ographie critique de Francfort, comme les prĂ©cĂ©dentes Ă©ditions, avait pour principal objectif d’offrir la possibilitĂ© d’un Ă©change entre des gĂ©ographes qui partagent la volontĂ© de participer Ă  la transformation du monde qu’ils dĂ©crivent. Le fait qu’il ne s’agisse pas d’un courant identifiĂ© comme tel, mais davantage d’un positionnement prenant des formes variĂ©es, rend cette “plateforme” nĂ©cessaire pour mettre en commun les savoirs produits. Cependant on peut noter que le format de la confĂ©rence n’est pas si diffĂ©rent des autres rencontres acadĂ©miques, si ce n’est (et c’est assez rare pour le noter) la convivialitĂ© assumĂ©e et la jeunesse des participants.

    Quinze ans aprĂšs la premiĂšre confĂ©rence, l’optimisme ne peut cependant qu’ĂȘtre mesurĂ© et les critiques formulĂ©es par Neil Smith et Carole Desbiens (Smith and Desbiens, 1999) dans un article de rĂ©fĂ©rence, revenant sur les ambitions de ces rencontres, restent en grande partie valides :
    - la surreprésentation de quelques pays européens et nord-américains, malgré les efforts de redistribution et de soutien financiers (sponsoring de la revue Antipode) en vue de favoriser la mobilité des chercheurs dont les ressources sont limitées ;
    - la faiblesse des liens avec l’activisme extra-universitaire, alors qu’il s’agit d’un des fondements de de la DĂ©claration d’intention, malgrĂ© les efforts dĂ©ployĂ©s lors du voyage de terrain Ă  Berlin ;
    - la question dĂ©licate de la traduction, mais plus gĂ©nĂ©ralement, celle de la domination de l’anglais, a Ă©tĂ© posĂ©e Ă  juste titre. Dans ce cadre, le refus de certains universitaires anglophones de rendre accessible le contenu de leur prĂ©sentation Ă  un public non-anglophone Ă©tait regrettable. Le comitĂ© d’organisation avait pourtant multipliĂ© les appels Ă  utiliser les diaporamas de maniĂšre Ă  favoriser la visibilitĂ© et la comprĂ©hension des communications.
    Dans un contexte de prĂ©carisation et de mise en concurrence croissantes des chercheurs, cet espace d’échanges vĂ©ritablement convivial, organisĂ© avec l’aide de la jeune gĂ©nĂ©ration de la gĂ©ographie critique allemande, offre une bouffĂ©e d’air frais dans le monde de la gĂ©ographie.

    Liens
    Site officiel du groupe international de géographie critique (en construction) : http://internationalcriticalgeography.org/
    Liste de diffusion : www.jiscmail.ac.uk/ICGG
    Revue ACME (An International E-Journal for Critical Geographies): http://www.acme-journal.org/ Right to the City Alliance : http://www.righttothecity.org/WhoWeAre.html


    Bibliographie

    Nous tenons Ă  remercier les Professeur-es Lawrence Berg, Alex Demirovic, Heide Gerstenberger et Joe Painter pour leur aide dans la documentation de cet article.

    Agrain P. (2009) “LibertĂ©, justice, dĂ©veloppement humain”, La richesse des rĂ©seaux, pp. 3-17 http://presses.univ-lyon2.fr/ATTACH/0000000811/OTHERTEXT/0000002190.pdf
    Benkler Y. (2009) La richesse des rĂ©seaux: MarchĂ©s et libertĂ©s Ă  l’heure du partage social, PUL, 2009, 603 p.
    Berg L.D. (2009) “‘Critical Human Geography” in Encyclopedia of Human Geography International Critical Geography Group, “Statement of Purpose”, http://internationalcriticalgeography.org/statement-of-purpose/, consultĂ© le 01 dĂ©cembre 2011.
    Marcuse P. (2011) “Urban Crisis. What follows?”, extrait du dĂ©bat, 6e confĂ©rence de gĂ©ographie critique, Francfort.
    Painter J., (2003), 'The International Critical Geography Group' (texte de travail) publié par le Department of Geography, University of Durham, http://www.dur.ac.uk/j.m.painter/ICGG.htm
    Smith N., Desbiens C. (1999) “The International Critical Geography Group: forbidden optimism?,” Environment and Planning D, 17, 4, p.p.379-382.


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