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    globeCarnets de soutenances

     

    METROPOLISATION, GOUVERNANCE DE L’ENVIRONNEMENT ET ENJEUX DE POUVOIR
    Le cas de trois clusters de villages de métier de Ha Noi et Bac Ninh (Vietnam)

    YVES DUCHERE

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    Le delta du fleuve Rouge, berceau de la civilisation Viêt, est un espace très densément peuplé (1300 hab/km²) et particulièrement vulnérable. Ha Noi, la capitale vietnamienne, est situé à l’apex de ce delta. Cette vaste plaine alluviale (15000 km²) est maillée de villages pluriactifs qui se sont développés en raison du sous-emploi rural lié à la riziculture en zone de mousson : les villages de métier. Ces localités, organisées le plus souvent en clusters, produisent depuis le XIème siècle des articles destinés à la vie quotidienne (mobilier, papier, bijoux, ustensiles de cuisine, etc.). Cette industrie rurale spontanée, regroupant plusieurs villages au sein d’une même branche d’activités, fait intervenir des entreprises formelles et informelles au sein d’une chaîne de production caractérisée par une très grande division du travail. Depuis le début des années 1990, suite aux réformes économiques (Đổi mới), à l’effondrement de l’URSS, et à la perte de vitesse des coopératives, ces localités accélèrent leur urbanisation in situ, tandis que leur activité artisanale se modernise, s’industrialise et génère toujours plus de nuisances environnementales questionnant le traitement politique qui en est fait.

    Comment comprendre qu’une société qui a été capable de mettre en place des infrastructures hydrauliques performantes dans un milieu difficile, vulnérable aux inondations créées par le débordement d’un des fleuves les plus dangereux au monde, et très densément peuplé peut-elle apparaître si impuissante face à la situation environnementale de ces villages de métier ?

    Depuis la fin des années 1980, le Vietnam a amorcé une « double transition » économique et urbaine qui peine à s’accompagner de réformes politiques profondes, pourtant nécessaires à l’accompagnement d’un développement économique rapide et sans précédent. Des recompositions de l’appareil d’Etat sont cependant effectuées, notamment en ce qui concerne les relations centre-périphéries qui confèrent au local davantage d’autonomie dans certains domaines précis tout en confortant l’assise autoritaire de l’Etat central. La société industrielle qui se constitue est en rupture avec la société agraire traditionnelle, et les changements économiques nationaux se lisent dans l’émergence de nouveaux paradigmes urbanistiques dans lesquels l’appareil d’Etat renforce son rôle autoritaire dans la conduite de la fabrique urbaine.

    La région du delta du fleuve Rouge s’est en effet, à partir de la fin des années 1990, engagée dans un processus de métropolisation pour produire une ville « moderne » et connectée au reste du monde. En s’étalant sur ses périphéries rurales, la ville de Ha Noi fait fît de l’existant alors même que ces territoires sont occupés par des villages s’urbanisant in situ. La rencontre entre l’urbanisation « par le haut » et l’urbanisation « par le bas » crée des tensions qui s’ajoutent à celles générées par le développement spontané d’une industrie rurale locale dynamisée par l’ouverture des marchés, et par un système politique top-down en dissonance avec le développement économique.

    Grâce à une méthode inductive qui pose l’environnement des villages de métier comme point de départ, cette recherche tente de repérer ce qui est l’expression de conflits de représentations ayant lieu à des niveaux supérieurs. La méthode géopolitique se charge ensuite de définir la configuration de ces rivalités de pouvoir (territoires, niveaux, acteurs, réseaux). Les plans d’analyse retenus pour la démonstration sont au nombre de quatre : le delta du fleuve Rouge, l’aire métropolitaine, les clusters de villages de métier, les villages de métier. Ces différents plans superposés sont analysés dans leur articulation afin de répondre à nos questionnements. Ainsi, nous cherchons à vérifier la thèse selon laquelle l’aggravation de la situation environnementale dans les villages de métier est le résultat de tractations et conflits politiques qui opposent les différents niveaux de l’organisation politico-administrative vietnamienne dans le cadre de la métropolisation. Le dysfonctionnement de l’administration crée des failles dans le système dans lesquelles les différents acteurs (villageois, acteurs politiques ou économiques) arrivent à s’immiscer. De plus, les représentations qu’ont les acteurs de la problématique environnementale, du développement industriel et plus généralement de l’usage de l’espace sont divergentes et contradictoires. Les enjeux de pouvoir qui sous-tendent ce processus sont relatifs au contrôle des périphéries (des collectivités locales) par le centre politique ainsi qu’à des stratégies de conservation du pouvoir par un Etat en perte de légitimité et affaiblit par de nombreux conflits internes à son appareil.

    Les trois villages de métier étudiés appartiennent à des territoires qui n’entretiennent pas tous les mêmes relations avec les dynamiques métropolitaines. Les villages de métier de La Phu, Phong Khe, Dai Bai, respectivement spécialisés dans le tricot/biscuiterie, la papèterie, le martelage du cuivre et de l’aluminium appartiennent au périurbain proche de Ha Noi, au périurbain d’une ville secondaire (Bac ninh) ou encore à une périphérie rurale.

    Cette diversité des localisations nous permet alors de mettre en évidence la grande variabilité des configurations d’acteurs dans la gouvernance de l’environnement en fonction du type d’espace concerné. Cette variabilité, relative à la place réservée à la commune dans le processus de métropolisation, informe également sur le poids des forces politiques dans leurs rapports les unes aux autres, mais également dans leur rapport aux territoires et aux populations locales.

    C’est donc le niveau local qui a permis de mieux appréhender le sujet pour finalement comprendre qu’il s’agissait avant tout d’une lutte entre des échelles portant en leur sein des représentations et des enjeux qui pouvaient autant converger que diverger. L’hypothèse de départ selon laquelle la dégradation de l’environnement était conséquente de conflits ayant lieu à des niveaux méso ou macro était en fait incomplète. Cette hypothèse occultait la capacité des acteurs à créer des arènes de négociation informelles et à redéfinir en permanence le jeu des relations entre institutions déconcentrées de l’Etat, acteurs économiques et sociétés villageoises.


    Fiche informative

    Discipline

    Géographie, mention géopolitique

    Directeur

    Béatrice Giblin, Sylvie Fanchette

    Université

    Université Paris 8, Institut Français de Géopolitique

    Membres du jury de thèse, soutenue le 23 juin 2014

    - Denis Eric (Directeur de recherches CNRS, HDR, UMR Géographie-cités) Rapporteur
    - Fanchette Sylvie (Chargée de recherche I.R.D, HDR, associée au CRAG) Directrice de thèse
    - Giblin Béatrice (Professeur émérite Paris 8) Co-directrice de thèse
    - Kamala Marius (Maître de conférences, HDR, Bordeaux 3) Examinatrice
    - Requier-Desjardins Denis (Professeur émérite I.E.P Toulouse) Rapporteur
    - Subra Philippe (Professeur Paris 8) Président

    Situation professionnelle actuelle

    Chercheur d'emploi

    Contact de l’auteur

    Yduchere@gmail.com

     

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