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    globeCarnets de soutenances

     

    Les motivations du paysage. Le vide et le plein.
    Perception paysagère et compétition ethnique dans l’ouest Cameroun




    MAEVA PAUPERT

     

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    « Le vent c'est quoi, c'est paysage ? » Cette question de Chamberline (province de l'Ouest, Cameroun) soulève la plupart des enjeux d'une recherche interrogeant le statut ontologique du paysage, sa définition et les relations entre sujet et objet, idéel et matériel, visible et invisible dans sa production. Elle rappelle en outre la difficulté qu'il y a à parler du paysage à propos des sociétés de l'ouest Cameroun qui, selon la définition qu'en donnent certains auteurs, en seraient dépourvues, faute d'attitude et de culture paysagère, sans la médiation de l'art et sans mot pour le dire.

    Les premières observations ont cependant motivés cette étude en termes paysagers, dans une logique de perception. Chamberline a reconnu le terme « paysage » qu'elle tente de désigner à partir d'un élément extérieur, extériorisation qui correspond au point de vue paysager. D'autres personnes ont évoqué le visible pour appuyer leur démonstration, révélant un regard porté sur l'environnement propre à une pratique paysagère. Un marquage de l'espace, ou paysagement, est en outre observé.

    L'objectif de cette recherche est de repenser la production paysagère et de trouver d'autres moyens de déceler une expérience paysagère. L'hypothèse principale est qu'il existe dans ces sociétés une perception de l'environnement proche de ce que nous appelons paysage, qui s'en distingue car placée au c?ur du fait social, de sa formation et de son fonctionnement. La perception servirait une médiation entre les Hommes, dont elle serait également l'outil, à l'intérieur des groupes comme entre ceux-ci, pour l'affirmation d'une identité, d'une altérité ou d'un territoire, le visible étant pris à témoin.

    La méthodologie a été élaborée en fonction des réalités du terrain. Migrations, complexification des identités et territorialités, phénomènes d'héritages et d'hybridation font de ces sociétés et espaces des mondes complexes. A une conception traditionnelle des rapports aux lieux s'ajoute une gestion administrative euclidienne imposée de l'extérieur, en partie réappropriée. Cette complexité impose de multiplier les points de vue (et non de s'intéresser à celui d'un seul groupe) et les échelles d'observation (de la concession et la chefferie jusqu'au grand ouest et à l’espace national, en passant par le département, la province et l'ethnie), de raisonner en terme de processus (identification, territorialisation) et de porter l'analyse sur l'articulation entre différents espaces (Hautes Terres, plaines) et entre différents groupes (Bamiléké, Graffi, Tikar, Sawa, anglophones et francophones, etc).

    La pérégrination a été choisie comme méthode : laissant place à l'imprévu, elle autorise plus de réactivité et permet d'appréhender une spatialité complexe faite de lieux, d'aires et de réseaux, de terres d'origine, revendiquées, ou occupées, sans prétendre à son épuisement. Le terrain d'étude s'est construit progressivement à partir des informations recueillies, par tâtonnements, en relation avec les personnes et les évènements, dans un cheminement fait d'aller et retour entre des lieux divers et sur une vaste étendue.

    Les informations ont été recueillies au fil de l'observation, des rencontres et dans le cadre d'entretiens semi directifs, méthode souple qui permet de saisir des pistes ignorées, laisse la parole libre aux interlocuteurs, permet d'entendre leur voix, d'apprécier leurs attitudes et leur cadre de vie, autant d'éléments à considérer. Les catégories de l'échantillonnage sont celles utilisées par les populations : il s'agit de regarder la société à partir de ses propres références. L'objectif étant qualitatif, la diversité des points de vue est recherchée. Un recoupement permet d'en dégager des tendances. Le contexte historique de l'élaboration des représentations et des savoirs, le contexte général des rapports sociaux et l'instant même de la perception sont pris en compte.

    La photographie est un autre outil de cette recherche. Il a été demandé à sept personnes de photographier les éléments, tant positifs que négatifs, représentant le mieux leur « coin », en 10 à 15 photographies. Il s'agit de produire un matériau à commenter, et non une base de données ou des représentations visibles du paysage. Le travail de restitution, pour commenter les photographies avec leur auteur, est central.

    Cette recherche a permis d'établir trois résultats majeurs :

    - La conception stéréotypée des groupes constitue une sorte de système perceptif commun guidant la perception du visible. Ce regard porté sur l'environnement est doublé d'une intention : conforter cette représentation. La confrontation des discours, du paysagement et l'analyse des photographies, souligne en outre la variété des visibles produits à partir d'un même environnement en fonction des moteurs de la perception.

    - Le visible est un maillon de la production de la réalité social. Il intervient dans le fonctionnement des groupes, guidant les positions et les rôles, et dans la production d'une identité entre ses membres. Mobilisé au quotidien, il doit légitimer les positions acquises ou revendiquées dans le cadre de territorialités conçues comme exclusives.

    - La méthode de la pérégrination présente des avantages certains. Menant parfois sur des pistes ignorées ou sciemment laissées de côté, fécondes ou non, elle permet de glaner une masse et une diversité d'informations qui participent à la compréhension du fonctionnement de ces sociétés et de la production paysagère.

    Cette recherche apporte finalement un éclairage nouveau sur le fait paysager et fourni des éléments de réponse à la question de savoir si ces sociétés ont du paysage. Il y a bien une attention portée au visible, avec une intentionnalité. Elle s'écarte de celle édifiée en Europe. Elle ne place pas l'Homme comme extérieur à un monde qu'il contemple, mais l'insère dans un monde complexe dans lequel Homme, milieu, environnement et forces de l'invisible interagissent. Elle n'est ni esthétique ni productive et son objectif n'est pas à proprement paysager mais pragmatique : sa finalité est dans les faits qu'elle doit soutenir.


    Fiche informative

    Lien électronique

    http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00642109/fr/.

    Discipline

    Géographie humaine

    Directeurs

    Serge Morin et de Laurent Couderchet

    Université

    Bordeaux (école doctorale : Montaigne-Humanités)

    Membres du jury, thèse soutenue le 04 juillet 2009

    -Laurent COUDERCHET, Professeur, Université de Bordeaux 3, Co-directeur
    -Anne-Elisabeth LAQUES, Directrice de recherche, IRD, Rapporteuse
    -Serge MORIN, Professeur Émérite, Université de Bordeaux 3, Directeur
    -Jean-Yves PUYO, Pr ofesseur, Université de Pau et des Pays de l'Adour, Rapporteur
    -Hervé RAKOTO RAMIARANTSOA, Professeur, Université de Poitiers
    -Denis RETAILLE, Professeur, Université de Bordeaux 3

    Situation professionnelle actuelle

    En recherche d'emploi

    Contact de l’auteur

    maevapaupert992@hotmail.com

     

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