Accueil
   
Index
   
Soumettre
un article
   
Projet éditorial
   
Les numéros en ligne
  • 7 | 2014
    Les espaces de l'entre-deux
  • 6 | 2013
    Géographie des faits religieux
  • 5 | 2013
    Géographie humanimale
  • 4 | 2012
    Géographies critiques
  • 3 | 2012
    Les géographies des enfants et des jeunes
  • 2 | 2011
    Espace virtuels et varia
  • 1 | 2010
    Varia
  •    
    Qui sommes- nous?
       
    Contact
       
    Flux_rss Flux RSS
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       

    globeCarnets de soutenances

     

    INDUSTRIALISATION, ZONE FRANCHE ET DEVELOPPEMENT SOCIO-SPATIAL DANS LES ESPACES INSULAIRES.
    LES CAS DES ILES DE LA CARAÏBE ET DE L’ILE MAURICE.




    LAURENCE BUZENOT

     

    Télécharger l'article

    Cette thèse de doctorat s’interroge sur les liens entre industrialisation et les zones franches d’exportation dans le développement socio-spatial des îles de la Caraïbe et de l’île Maurice dans le sud-ouest de l’océan Indien. Le choix s’est porté sur les îles indépendantes spécialisées, depuis l’époque mercantiliste, dans la monoculture de la canne à sucre. Une spécialisation très ancienne (de l’époque moderne) remise en cause après les indépendances dans un contexte de crise des économies de plantation.

    La problématique de la thèse part d’un constat. Suite aux politiques mitigées d’industrialisation par substitution des importations, les zones franches connaissent un succès dans les îles de notre aire d’étude. Dans quelles conditions alors se sont développées les zones franches insulaires de la Caraïbe et de l’île Maurice ? L’insularité a t-elle favorisé un type d’industries ? Enfin, comment ont évolué ces zones franches en tant que système d’organisation de la production ? Quelles sont les réels impacts dans l’amélioration des conditions de vie des sociétés insulaires ?

    Un questionnement sur l’actualité des paradigmes du développement insulaire s’est avéré indispensable pour expliquer les grandes politiques économiques qui ont soutenu le développement des économies insulaires pendant un demi-siècle. Ces paradigmes mettent en avant la question de la petite taille (population, superficie, marché), Le premier paradigme exposé concerne la petite taille (superficie et population). La CNUCED définit en 1983 les «petits Etats insulaires» à partir de critères démographique et physique en établissant des seuils. Il s’agit d’îles dont la population est inférieure à un million d’habitants et dont le territoire exigu n’excède pas les 30 000 km². On s’interroge alors sur le rôle de ces seuils aujourd’hui dans la viabilité économique puisque beaucoup de critères ont changé et ils ne sont pas pris en compte comme le niveau de vie. Le second paradigme est la petite taille du marché et l’absence d’économie d’échelle.

    L’exposé s’attache à montrer que l’idée dominante était d’appliquer l’extraversion économique. La règle érigée est simple : plus une économie est petite, plus elle doit s’ouvrir aux échanges et se spécialiser pour atteindre un niveau de développement donné en comparaison d’une économie insulaire plus grande. Il n’y a pas de croissance endogène possible dans les petites économies insulaires, en raison de la taille du marché intérieur. Pour pouvoir profiter des avantages du progrès technique et des économies d’échelle, une petite économie ne doit pas produire pour le marché intérieur mais pour le marché mondial. Le troisième paradigme concerne l’absence d’effets externes de proximité ou d’agglomération. Il n’y aurait dans les espaces insulaires peu d’effets externes de proximité et d’agglomération. On démontre, à juste titre, que l’absence d’effets externes de proximité ou d’agglomération est l’un des paradigmes le moins viable à l’heure actuelle. La petite économie mauricienne témoigne comment le resserrement du tissu industriel de la filière textile-habillement donne naissance au district industriel. La petite taille de l’île favorise les liens de proximité et favorise les synergies entre les acteurs. Le quatrième paradigme concerne l’isolement. La relativité de la notion d’isolement justifie l’usage du terme d’enclavement. En effet, l’enclavement serait le terme juste en matière de développement économique plutôt qu’«isolement». Les infrastructures lourdes, comme les ports et les aéroports, sont sans cesse modernisées pour exploiter au mieux les liens commerciaux tissés avec l’extérieur. Le cinquième paradigme concerne les ressources naturelles ou les matières premières limitées. Peut-on développer un pays ou une région avec des ressources naturelles et des matières premières limitées ? Ces carences sont compensées dans les cas des îles de notre recherche par les importations. Les transports maritimes facilitent l’approvisionnement en ressources naturelles énergétiques.



    La réflexion porte, pour comprendre la singularité de l’industrialisation de ces espaces insulaires sur la notion de zone franche. Un historique des zones franches démontre l’ancienneté de la notion. La notion a évolué au cours des quatre grandes périodes historiques en s’adaptant aux législations en vigueur. L’approche diachronique, théorique et générale est privilégiée. Elle permet la compréhension du choix de la franchise industrielle. Les politiques industrielles sont ensuite abordées : le rôle des économistes caribéens, le rôle de l’Etat, l’endettement et la promotion des exportations.

    La démarche comparative et le raisonnement par analogie ont permis, ici, de dégager des invariants à l’émergence des zones franches. Parmi ces invariants, l’absence générale de ressources naturelles, une main-d’œuvre abondante et peu formée est l’autre condition. La stabilité politique quelque soit la nature du régime (démocratie ou non) est la troisième condition pour l’épanouissement du système industriel. Elle garantit la tranquillité des affaires et les possibilités de synergie entre les différents acteurs, tous orientés vers les mêmes objectifs économiques. L'existence de réseaux commerciaux établit par les accords Caribbean Basin Intitiave (CBI) et ACP est la quatrième condition. Ces accords garantissent aux entrepreneurs l’accès à des marchés élargis avec des avantages douaniers. Enfin, l’assurance de financement du système industriel s’est largement appuyée sur la libéralisation financière.

    Nous avons analysé les modalités d’implantation des zones franches en fonction de la taille de l’île (superficie et population). Les zones franches ont un sens administratif dans les petites îles tandis qu’elles se matérialisent dans des espaces strictement délimités dans les plus grandes îles (ce sont alors des enclaves économiques). Les études de cas de l’île Maurice et de la République dominicaine montrent le dynamisme fondamentalement différent de ce type d’espace industriel. Les zones franches ont davantage participé au développement socio-spatial dans les petites îles.

    L’île Maurice entière est proclamée zone franche. Les unités d’assemblage textile délocalisées ont eu des effets d'entraînement sur le reste de l’économie et sur l’organisation du territoire en urbanisant les pôles ruraux. La zone franche mauricienne a évolué en un district industriel. Nous analysons les aspects de type d’organisation tout en montrant la singulière complexité du district industriel mauricien.

    En République dominicaine, les zones sont des enclaves économiques. Les effets d’entrainement sur le reste de l’économie est moindre. Peu de secteurs se sont greffés aux unités d’assemblage délocalisées. Il existe dans l’île trois statuts de zone franche : les zones franches industrielles et de services, les zones franches frontalières et les zones franches spéciales. Ces zones franches sont privées, publique ou mixte. L’étude du pôle de développement de la Romana met en évidence un développement socio-spatial singulier – et caractéristique de l’ensemble des pays d’Amérique latine - où se juxtaposent les activités diversifiées d’une entreprise monopolistique et une forte différence spatiale entre les quartiers de la classe moyenne et ouvrière et la communauté fermée (gated communities) de Casa de Campo, lieux d’agrégation des entrepreneurs et personnes fortunées d’origine nord-américaine à la recherche des aménités tropicales.

    Le traitement des données qualitatives et quantitatives recensées par les institutions nationales depuis 40 ans valident le constat établi de la multiplication des unités d’assemblage sur ces deux territoires. On aboutit à des chorèmes de l’expansion spatiale de l’espace industriel.

    Le démantèlement des accords commerciaux sur le textile et l’habillement – principaux secteurs opérant dans ces zones – amène de nouvelles réponses locales comme la prise en compte du rôle des Petites et Moyennes Entreprises dans le développement territorial, surtout à l’île Maurice où la proximité entre les divers acteurs, au sein des entreprises et entre lieu de production et infrastructures portuaires – pour exportations - facilitent les échanges. Cet intérêt pour les petites structures s’inscrit dans un contexte particulier. Les grandes firmes mauriciennes délocalisent, à leur tour, vers les régions industrielles textiles chinoises et indiennes pour tirer profit des matières premières disponibles, de la main-œuvre pas chère et de présence des acteurs étrangers européens et nord-américains.

    Des entretiens ont été menés auprès d’une vingtaine de dirigeants de PME. Ils ont permis de dégager l’aspect culturel du district. L’esprit d’entreprise est un héritage de l’industrialisation active de l’île pendant 40 ans. Les expériences et savoir-faire acquis dans les unités de confection délocalisées ont facilité la création d’entreprises pour des licenciés du secteur. Les familles sont souvent intervenues pour lancer financièrement l’activité. L’impact des zones franches dans les sociétés conduit à l’étude de la culture ouvrière.

    L’interrogation porte également sur la classe ouvrière plus ou moins structurée par des syndicats. L’inégalité de présence des organisations syndicales dans les ateliers limitent la solidarité face aux injustices, aux brimades et aux humiliations. La culture ouvrière quasiment existante limite les mouvements de protestations pour plus de justice sociale. Cependant, des entretiens réalisés auprès des ouvrières déconstruisent l’image négative de l’exploitation de la main d’œuvre féminine. Les revenus perçus ont généré de nouvelles formes de mobilité et de pratique spatiale. L’espace vécu s’est étendu du cadre de vie quotidien (ville/village) à celui de l’île. Les femmes licenciées suite à la libéralisation du secteur connaissent une rétraction de leurs espaces vécus.

    Les zones franches se sont développées dans un contexte commercial protégé et sans concurrence (accords ACP et CBI). La libéralisation des secteurs textiles et habillement en 2005 pose le problème de la pérennité des activités. La promotion du développement durable est choisie par l’ensemble des acteurs comme nouvelle voie de durabilité. La comparaison des stratégies entrepreneuriales permet de dégager des réponses identiques dans le contexte de la mondialisation. La dimension économique emporte largement sur les deux autres dimensions. Les firmes normalisent leurs systèmes de production, mettent en avant des approvisionnements biologiques labellisés au niveau international et elles entreprennent des actions dans le domaine social. Les gouvernements se limitent à légiférer sur la protection de la «nature» et la pollution.


    Fiche informative

    Discipline

    Géographie

    Directeur

    François Taglioni, Professeur des universités

    Université

    Université de La Réunionr

    Membres du jury

    - Nathalie Bernardie-Tahir, Professeure des universités, Université de Limoges
    - Christian Bouquet, Professeur des universités, Université Bordeaux 3
    - Gilles Lajoie, Professeur des universités, Université de La Réunion
    - François Taglioni, Professeur des universités, Université de La Réunion

    Situation professionnelle actuelle

    Chercheur associé au laboratoire Gecko, (AE 375) - Paris Ouest-Nanterre, La Défense

    Contact de l’auteur

    laurence_buzenot2@yahoo.fr

     

    credits_mentions_legales Votre monde  la carte